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Culture Juive n°85. Par Gilberte Jacaret Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
L’Opéra de Musique de Chambre de Varsovie fait revivre le travail de victimes de la Shoah..... Article en anglais dans le European Jewish Press. 30 Novembre 2011

L’opéra de musique de chambre est minuscule. Il se trouve dans une ancienne église du centre de la capitale et ne contient que 159 places.

culture_85Soixante dix ans après la Shoah, l’Opéra de Musique de Chambre de Varsovie célèbre son anniversaire avec des exécutions d’œuvres rares de compositeurs qui moururent pendant le génocide de l’Allemagne nazie.
La minuscule réunion, fondée en 1961 et déjà unique pour la qualité de ses concerts annuels des œuvres complètes de Mozart, veut faire entendre au public quelques œuvres totalement oubliées  lors d’un festival qui se tiendra en mars prochain.
Parmi elles, on pourra entendre «  L’empereur d’Atlantis, ou Le Refus de la Mort par Victor Ullman, juif tchèque qui parle allemand.

Ullman, qui eut pour maître l’autrichien Arnold Schoenberg, avant la 1ère Guerre Mondiale composa cette œuvre d’un acte en 1943, dans le camp de concentration de Theresienstadt.
Situé près de Prague, la capitale tchèque, Theresienstadt servait de « camp vitrine » aux occupants nazis. Il servait de couverture à la nature réelle de la Shoah.

« Les nazis organisaient des activités culturelles dans le camp pour donner l’illusion que les conditions n’étaient pas si mauvaises et que les musiciens avaient leur propre réunion de concert » a expliqué le directeur de l’Opéra de Chambre de Varsovie Stefan Sutkowski à l’AFP.

Sutkowski-  qui est à la fois  musicologue et hautboïste- recherche avec passion les œuvres peu connues ou perdues qui symbolisent la destruction  d’une génération d’artistes juifs.

Le style de l’opéra d’Ullman tient à la fois de celui de Gustav Mahler et de Kurt Weill. Le livret d’un autre prisonnier de Theresienstadt Petr Kien est une dénonciation des nazis, cachée sous le masque d’un conte de fée rêvé.
Cette œuvre donna lieu à plusieurs répétitions dans le camp jusqu’à ce que, finalement,  les nazis la bannirent.
Ullman et Kien furent finalement envoyés au camp de la mort d’Auschwitz où ils moururent en 1944.

Le manuscrit a survécu à la guerre grâce à un autre détenu de Theresienstadt. Il fut redécouvert à Londres après la 2ème Guerre Mondiale puis joué pour la première fois à Amsterdam en 1975.
Plus exceptionnel encore est le ballet-oratorio « Alles durch M.O.W./Matrimonio con variazoni », l’unique œuvre du compositeur polonais juif Jozef Koffler.
« Ceci n’a jamais été joué » a souligné Sutkowski.

L’œuvre de 1932 est un mélange de formes de cabaret allemand et de musique hall français.
« C’est une des œuvres musicales les plus originales non seulement de l’œuvre de Koffler mais de toute la musique polonaise de la première moitié du 20ème siècle » selon le musicologue Maciej Golab.
Considérée comme perdue, elle fut retrouvée à Berlin en 1993.

En plus des œuvres d’Ullman et de Koffler, le 50ème anniversaire du festival comprend d’autres morceaux sans liens avec la Shoah datant du 20ème siècle.

Parmi elles se trouvent des morceaux rares de Benjamin Britten, Igor Stravinsky et Leos Janacek qui, d’ordinaire ne sont pas appréciés par les foules.

Selon Sutkowski : « La musique contemporaine n’est pas aussi populaire que la musique classique ou baroque. L’Opéra de Chambre de Varsovie est minuscule, avec seulement ses 159 places dans une ancienne église, au centre de la capitale. Sa taille est un avantage.  Le public est près de la scène. Il embrasse la vue et l’acoustique est excellente. »

De plus, ajoute-t-il : «  Pendant ces 21 dernières années, il s’est aussi affirmé comme un attrait majeur pour les touristes et les habitants de la région avec son festival d’été de Mozart où l’on exécute toutes les œuvres du maître composées pour la scène. Contrairement à toutes les autres rencontres musicales, il se porte très bien financièrement parlant. Ses revenus sont restreints en raison de sa taille mais ses dépenses sont aussi limitées car ses besoins techniques sont modestes. »


 
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