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Le 22 avril, plus de 120 personnes ont assisté à la conférence organisée par la Loge B’nai B’rith Henry Dunant de Genève animée par le Professeur André Kaspi sur le thème de la « Politique Etrangère du Président Obama ».
M. le Professeur Kaspi est un spécialiste reconnu des Etats Unis. Il a écrit un grand nombre d’ouvrages sur ce pays et est intervenu souvent sur différentes radios françaises lors des dernières élections américaines pour éclairer son auditoire.
L’arrivée du Président Obama a soulevé beaucoup d’espoir dans le monde
mais également suscité certaines craintes sur l’évolution de la
politique étrangère américaine.
M. le Professeur Kaspi a d’abord exprimé sa surprise sur le déroulement
des élections américaines : l’élimination de Mme Clinton de
l’investiture démocrate ; l’élection de Barak Obama ; le choix de Mme
Clinton comme Secrétaire d’Etat, et le fait qu’elle ait accepté.
Le capital de confiance et de popularité dont jouit le Président Obama
est impressionnant partout dans le monde. Premier Président métis
(noir pour les Américains), il a fréquenté les meilleures universités
américaines. D’une génération n’ayant pas ou peu souffert de la
discrimination raciale, il est issu de la classe populaire.
Charismatique, il est en opposition totale avec l’administration
précédente. Il bénéficie par contrecoup de l’image désastreuse qu’a
laissée le Président Georges W. Bush et suscite de grands espoirs dans
le monde.
La nouvelle administration a montré son désir d’ouverture, en
particulier vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie, qu’elle considère comme
un protagoniste majeur dans sa politique moyen orientale, et vis-à-vis
de l’Amérique latine où elle assouplit les relations avec Cuba et
renoue le dialogue avec le Venezuela et la Bolivie.
Elle a également montré son pragmatisme avec la Chine qui devient son
partenaire incontournable du fait de leurs relations économiques
privilégiées. La Chine possède environ 20% des bons du trésor émis par
les Etats-Unis. De la prospérité des Etats-Unis dépendent les
exportations de la Chine. La Chine devient également un acteur majeur
en Afrique et en Amérique latine, de par son désir de contrôler les
sources de matières premières. En fait, le premier voyage de Mme
Clinton a été pour la Chine, où elle s’est abstenue de parler des
sujets qui fâchent, en particulier des droits de l’homme et du Tibet.
Pragmatisme également envers la Russie, qui possède d’importantes
ressources de pétrole, qui peut être utile dans les relations avec
l’Iran, mais qui vit assez mal la présence américaine dans son pré
carré des nouvelles républiques asiatiques. Donc beaucoup de mesure
avec la Russie essentiellement sur les sujets de la Géorgie et de
l’Ukraine, ces deux Etats souhaitant se rapprocher de l’OTAN, contre
l’avis des Russes.
En ce qui concerne Israël, il considère que le soutien des Etats-Unis
n’est pas remis en cause, et que la diplomatie américaine fera tout
pour régler le conflit israélo-arabe.
Mais le Professeur Kaspi a insisté sur le fait que nous pourrions avoir
de mauvaises surprises. En premier lieu il a fait remarquer que, lors
de la cérémonie d’investiture, le Président Obama a tenu à ce que son
deuxième prénom, Hussein, soit explicitement prononcé. Il s’est étonné
de ce que le Président Obama ait affirmé dans son discours
d’investiture que l’Amérique était composée de Chrétiens, de Musulmans,
de Juifs et de Bouddhistes. Or les Musulmans ne viennent au mieux qu’en
troisième position, les Etats-Unis étant essentiellement une société
judéo chrétienne.
M. le Professeur Kaspi a également souligné que les Etats-Unis
souhaitent parler avec les Talibans « modérés », notion éminemment
vague qui pourrait avoir à terme comme conséquence l’abandon de
l’Afghanistan et beaucoup de morts de la coalition de l’OTAN pour rien.
Ses discussions avec l’Iran peuvent se révéler être à l’avantage de
l’Iran, si l’Iran acquiert effectivement une capacité de frappe
nucléaire, auquel cas la marge des Etats Unis dans ces négociations se
retrouvera extrêmement réduite.
M. Kaspi estime donc que le Président Obama, malgré son charisme et son
capital d’estime, pourrait bien se retrouver dans une position analogue
à celle du Président Carter, qui n’a pas laissé l’image d’un grand
président. Il a plutôt affaibli les Etats-Unis.
Son message est donc qu’il est urgent d’attendre avant de pouvoir juger
de l’orientation effective de la politique étrangère des Etats Unis, de
considérer l’action de ce nouveau Président de façon équilibrée, sans
s’enthousiasmer précipitamment.
Rapport de Michel Benveniste
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