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Culture Juive n°36. Par Gilberte Jacaret Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Les Juifs en Allemagne... 2e PARTIE

Les juifs allemands dans le monde moderne (a) (David Shyovitz)

Parmi tous les pays européens, c’est l’Allemagne qui est la plus riche en histoire et en traditions juives. Ce pays est probablement, à la fois le plus fameux et le plus infâme de toute l’histoire juive puisque cet épicentre de « la solution finale » des nazis, et même la Shoah n’ont pu mettre un terme aux 1.600 années où les juifs n’ont cessé d’y vivre et d’y développer leur culture.

La culture des juifs ashkénazes s’est formée pendant un millénaire et demi dans une terre tumultueuse, une politique allemande et un paysage politique, social et économique changeant sans cesse.

Le nouveau statut des juifs ne fut pas établi sans opposition. En 1819, dans les « Hep, Hep insurrections », les foules donnèrent libre cours à leur frustration devant la rapide réussite économique et politique des juifs.

La nouvelle atmosphère ouverte et cosmopolite eut son influence sur la religion aussi. Beaucoup de juifs jugeaient que la stricte observance de la tradition les empêchait de s’adapter à la vie moderne, aussi rejoignirent-ils  le mouvement de la Réforme. Le premier Temple réformiste fut fondé à Hambourg en 1817. A  partir de ce moment-là, le service religieux de la prière connut une réelle transformation.

Rapidement, des temples réformés s’ouvrirent aussi ailleurs et Berlin devint le centre de ce mouvement. L’école des « Néo-orthodoxes » s’y opposa. Fondée par Samson Raphaël Hirsch (1808-1888) de Frankfort, elle mettait l’accent sur un strict traditionalisme. Pendant ce temps, à Breslau, Frankel Zecharias (1801-1875) établissait les bases d’un mouvement « conservateur ».

Les juifs d’Allemagne formaient alors une classe par-dessus tout urbaine et professionnelle. Beaucoup d’entre eux  prirent part à la révolution allemande de 1848 et au parlement de Frankfort qui s’ensuivit.

Les lois fondamentales du peuple allemand  promulguées par le parlement soulignaient que les juifs étaient citoyens à part entière, quelle que fût leur tendance religieuse. A la fin du XIXème siècle  et au début du XXème, l’antisémitisme devint plus visible. Il se manifestait même en politique. Cependant les juifs citadins et assimilés n’y prêtaient pas attention et ne voulaient y voir qu’un phénomène passager.

L’antisémitisme se fit plus virulent à la suite de la 1ère  Guerre Mondiale dans la République de Weimar. Cependant, dans la majorité des cas, la prospérité et l’égalité légale des juifs n’en souffrirent pas jusqu’à la montée d’Hitler au pouvoir en 1933. C’est alors que la discrimination et la violence devinrent légales.

La vie sociale juive dans la période de l’entre- deux guerres se débattait entre l’attachement au judaïsme et à l’assimilation. D’une part, de nombreux juifs essayaient aussi ardemment que possible de s’assimiler et de se départir de leurs coreligionnaires de l’Est, c’est-à-dire les juifs de l’Europe orientale qui étaient encore, pour la plupart, attachés aux rites et aux traditions. D’autre part, certains aspiraient à un retour à l’autonomie juive soit en Europe, soit en Palestine.

Le partisan le plus célèbre de l’autonomie juive était Théodor Herzl (1860-1904), le fondateur du sionisme politique, qui vivait à Vienne, en Autriche. Sur le plan de l’érudition, les juifs allemands jouissaient d’une véritable « renaissance juive » en ce début du vingtième siècle. De nombreux livres et traités furent publiés. L’hébreu connut une véritable renaissance en tant que langage parlé ainsi que le théâtre et la presse yiddish.

Quelques juifs émigrèrent alors, en Amérique ou en Palestine, pour la plupart. Beaucoup d’autres le firent après la montée du nazisme, en 1933. Cependant, la majorité demeura en Allemagne, avec les résultats catastrophiques que l’on sait.

La prise du pouvoir par les nazis en 1933 ouvrit la voie à Adolph Hitler (1889-1945). Cet ardent antisémite devint chancelier. Ce fut un coup dur pour les juifs allemands. Dès 1935, on adopta les lois de Nuremberg. Elles définissaient le judaïsme, d’une façon officielle, en termes de race et retiraient la citoyenneté à tous les juifs. La situation ne fit qu’empirer en 1938 quand l’Autriche fut annexée par l’Allemagne.

Les atrocités qui s’y perpétrèrent contre les juifs devinrent monnaie courante en Allemagne même. Et ce fut, le 9 novembre 1938, la Nuit de Cristal. Des casseurs détruisirent des boutiques juives et des synagogues. Ils blessèrent et tuèrent des juifs.

Au milieu de ces persécutions, la communauté juive réagit et un grand mouvement de solidarité unit les juifs allemands. On s’ingénia à organiser l’émigration et à fournir de nombreux services refusés désormais par le gouvernement. Après le début de la guerre, ces organisations communales se fondirent dans l’Union des juifs en Allemagne dirigée par Léo Baeck.

En mars 1941, Hitler ordonna la mise en place de la solution finale. Cela signifiait que les juifs étaient forcés de porter une étoile jaune et qu’ils étaient transférés en masse dans des ghettos et des camps à travers toute l’Europe.

Le plus grand de ces camps fut Auschwitz  en Pologne. Là, les juifs devaient travailler comme des esclaves puis étaient tués dans des chambres à gaz et des crématoires. Les Reichsvereinigung étaient parfois obligés d’aider les Allemands dans l’exécution de la solution finale.

Le 19 mai 1943, l’Allemagne fut déclarée Judenfrein (délivrée de ses juifs). Cependant, on estime qu’environ 19.000 juifs demeurèrent cachés en Allemagne.

(Suite au numéro 37)
 
 
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