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NEWS - Actualités des Loges

ProfessorSimonLauerOù et quand êtes vous né ?
Mes parents étaient très heureux à la naissance de leur fils unique en mars 1929 à Mannheim (Allemagne) même si c'est juste à ce moment-là que les hommes en chemises brunes ont commencé à défiler dans les rues.
 
Parlez-nous un peu de votre enfance et de l'histoire de votre famille
- Ma mère était la fille aînée du Rabbin Dr. Simon Eppenstein qui, pendant la dernière décennie de sa courte vie, était conférencier au Séminaire Rabbinique de Berlin. Mon  père, le Rabbin Dr. Chaim Lauer, a été appelé en 1924 pour travailler avec le Rabbin du Klaus, le Dr. Isac Unna, alors déjà âgé, qui était  l'un des rabbins dirigeants orthodoxes d'Allemagne. Lorsqu'en 1935 le Dr. Unna a pris sa retraite et a rejoint la majorité de ses enfants en Palestine, mon père est resté l'unique rabbin de sa congrégation. Il reste donc surtout dans ma mémoire la vie dans le Klausapartement qui se trouvait dans le complexe du Klaus Sans aucun doute, mon père serait resté avec sa congrégation jusqu'au bout ; ils ont été déportés dans ces horribles camps au Sud de la France et puis ailleurs. Cependant, comme nous étions déjà citoyens suisses, immédiatement après la nuit du pogrom du 9 novembre 1938, le Consul Suisse nous a poussé à retourner tout de suite en Suisse, ce que nous avons fait. Déjà, une quinzaine avant cette date, j'ai été réveillé très tôt par des pas et des voix dans la cage d'escalier : des étudiants de la yeshiva, d'origine polonaise mais sans papiers se sont fait arrêtés et déportés au no-man's land situé à la frontière Germano-Polonaise. Un des étudiants allemands m'avait donné régulièrement des cours privés de chumash avec Rashi. Moshe Perlmann a pu rejoindre le Kibbbutz Tirath Tzevi et acquerra une renommée de musicologue. Le hasard fait que j'ai rencontré son fils récemment, un célèbre producteur et enseignant du le théâtre israélien. A partir de 1935, même avant que la terrible loi raciale n'ait été promue, les enfants juifs ne pouvaient aller que dans les écoles juives. Je n'ai aucun souvenir de mes aller et retour à l'école.
- Rentrés en Suisse, nous sommes allés, mon père et moi, dans un pensionnat juif dans la partie francophone du pays, alors que ma mère est retournée à Manheim pour liquider notre maison (et pour sauver quelques livres importants de la librairie de la Congrégation). Mon père avait été Rabbin à Biel de 1916 à 1924 ; le poste étant resté libre depuis, mon père a été réinstallé, et je suis retourné à l'école. La Congrégation avait vraiment diminuée et a été très atteinte par la crise et la guerre comme la plupart des juifs qui étaient soit dans le textile ou étaient de petits fabricants de montres ; ce sont les premières branches qui sont atteintes par une crise économique. De plus, les juifs suisses étaient censés payer pour les réfugiés juifs et s'occuper d'eux au-delà de leurs besoins élémentaires. En ce qui concernait la région de Biel, il y avait trois camps pour les civils, et un camp pour une partie de l'armée française qui avait fui vers la Suisse avec de nombreux juifs dans leurs rangs. Etant donné que mon père avait acquis une certaine célébrité pour sa grande connaissance de la Halakka, de nombreux collègues comptaient sur lui. Il vaut mieux que je n'entre pas dans les détails des débats internes juifs au sujet de la shechita.
- En ce qui concerne ma mère, mis à part son engagement total dans ses devoirs de femme de Rabbin, il y a quelques 500 lettres qui existent comme documents sur son travail pour les réfugiés. La famille de ma mère était sioniste religieuse dès le début, mon père était parmi les premiers membres de Mizrahi. Ceci n'a pas empêché mes parents de recevoir des membres de la Hashomer Hatzir ainsi qu'un couple de Bundistes. J'ai donc fait la connaissance de nombreuses personnes d'âges, d'origines et de mentalités différentes. Je me souviens encore de certains d'entre eux, mais il me serait difficile d'entrer dans les détails - ce qui, du point de vue de l'histoire orale, est dommage. Ma mère a acquis ses connaissances d'assistance sociale de ses parents alors que mon grand-père exerçait en tant que Rabbin d'une petite communauté près de la frontière Germano-Polonaise avant la Première Guerre Mondiale. De plus, elle était passée par la rude école des infirmières juives à Berlin pendant la période de la guerre. Il est difficile d'expliquer comment elle est arrivée à accomplir tout ça avec un époux gravement malade depuis 1942.
- Mon père est décédé en août 1945, brisé par la perte de tant de membres de la famille proche, de sa congrégation à Manheim et de nombreux collègues, plus que par sa maladie. Ma mère, qui n'a pas eu une vie facile au cours des vingt années suivantes, a vécu jusqu'à la naissance de mon fils, qui est venu au monde quelques mois avant sa disparition en 1970.
 
Pouvez-vous nous parler de votre éducation ?
Je suis encore, aujourd'hui, quasi aussi impressionné par mes professeurs au gymnasium (école primaire) que par mes parents, et surtout par le directeur, un protestant ardent qui partiquait la tolérance aussi bien que possible. Il n'a donc pas été étonnant que j'ai pris la décision d'étudier le grec, le latin et la sémitique, et de façon moins formelle la philosophie et la musicologie à l'Université de Bern. Tenant compte de nos moyens financiers limités et le fait que j'ai « perdu » quatre ans dans un sanatorium, j'ai essayé de finir mes études endéans la période minimale prévue. Je suis parvenu à inclure une année à l'Université Hébraïque et une année à Manchester (avec le Rabbin Dr. Alexander Altmann z'l). J'ai encore aujourd'hui un très grand respect pour tous mes professeurs ayant eu la chance d'assister à des cours donnés par certains des plus grands érudits du 20e siècle, surtout en études judaïques. Le sanatorium, créé par Joint et dirigé par l'OSE était destiné aux jeunes qui avaient été libérés des camps de concentration en Allemagne et dont la plupart étaient originaires de Pologne. Cette période m'a donc donné une idée de la vie de tous les jours en Pologne avant la Deuxième Guerre Mondiale et une petite connaissance du Yiddish.
 
Et qu'en est-il du début de votre vie professionnelle ?
Ayant terminé mon éducation académique plus un an avec le Rabbin Dr. Altmann z'l et son étonnante équipe, j'ai cherché un poste d'enseignant dans un gymnasium en Suisse. Ce n'était pas chose facile pour un juif pratiquant parce que bien peu d'écoles étaient prêtes à accepter qu'un professeur soit absent pour Shabbat et pendant les Fêtes. J'ai décroché  un poste dans une nouvelle école dans le petit canton de Glarus (50.000 habitants), au centre de la Suisse et qui est entouré de hautes montagnes. Ces dix années ont été le point fort de ma vie professionnelle. J'avais des élèves très motivés, intelligents et créatifs, de très gentils collègues, et dans une ville de 5.000 personnes où il y avait une vie musicale étonnante. Je devais enseigner le grec, le latin, l'allemand, et l'hébreu biblique (facultatif), pendant de longues heures et parfois dans des classes surpeuplées. Mais j'avais le défi de parvenir à développer une créativité que je n'ai plus eu par la suite. C'était très émouvant de me retrouver entouré par d'anciens élèves au cours d'un évènement à Glarus 37 ans après mon départ.
 
Le travail était beaucoup  plus difficile au cours des 12 années suivantes à St. Gallen, une assez grande école, avec des gens dont la mentalité était très différente. Ceci a été compensé par une relation très proche que j'ai entretenue avec l'extraordinaire rabbin de la petite congrégation plutôt réformée, le Rabbin I.J. Schmelzer. Mon dernier poste a été bien plus enrichissant où j'étais le collègue le plus proche du recteur du nouvellement établi « Institut pour la Recherche Judéo-Chrétienne » à l'Université de Luzerne. Après une période uniquement basée sur la recherche dans la littérature de récits rabbiniques, l'on m'a demandé d'enseigner l'hébreu postbiblique et l'araméen babylonien. De plus j'ai souvent été invité à donner des conférences.
Suivant la tradition familiale, mon implication dans le travail de kelal Yisrael n'était que normal. En effet, enfant j'allais recueillir les petits dons des boites bleues du KKL, alors que je n'étais pas le bienvenu dans toutes les maisons. Au sanatorium, j'étais le madrikh du petit groupe de religieux sionistes, et après je suis devenu un membre actif de l'union des étudiants. A St. Gallen j'étais impliqué à la synagogue, avec la Chevra Kadisha et en tant que délégué du Comité Central de la Fédération Suisse des Congrégations Israélites. Lorsque cette fédération a créé un groupe de Dialogue Judéo-Catholique avec la Conférence Suisse des Evêques, j'en suis également devenu membre. (au fait, à l'époque sept membres de l'Exécutif de ladite Fédération étaient des Frères ainsi que près de 90% du Comité Central. Aujourd'hui, la majorité de l'Exécutif est composée de Frères).
 
Quels ont été vos premiers liens avec le B'nai B'rith ?
Mon père, mon grand-père du côté maternel et deux de ses trois frères étaient membres du B'nai B'rith. De plus, le Grand Rabbin Marcus Melchior z'l qui avait été un des étudiants de mon grand-père au Rabbinerseminar à Berlin et un des collègues de mon père lorsqu'il était rabbin en Allemagne, n'a jamais omis de rendre visite à ma mère quand il était en Suisse. J'ai encore un souvenir très prononcé de cet homme exceptionnel. Cela a donc été tout naturel que je  postule pour être admis dans notre chère organisation. Je suis vraiment très heureux que mon fils a suivi. Donc, quelques mois avant de me marier, j'ai été installé à la Augustin Keller Loge de Zurich, dont j'ai été le Gardien (également responsable du programme culturel). Je me suis ensuite installé à Bâle et j'ai été transféré à la Loge de Bâle dont j'ai assumé la présidence pendant quatre ans. Au cours de mon séjour dans la région de la Suisse francophone, j'ai également fait partie de la Loge Edmond Fleg à Lausanne. Sous la présidence de notre cher Frère Ralph Weill z'l avec qui j'avais déjà travaillé à la Fédération des Congrégations, j'ai rejoint le Comité des Affaires Culturelles, et à présent je suis en charge du dialogue Judéo-Chrétien. Au cours de plusieurs Congrès, j'ai eu l'honneur de présenter le devar torah journalier.
 
Où et quand avez-vous rencontré votre épouse ? Et parlez-nous aussi de vos enfants et petits-enfants.
Je me suis marié peu de temps après mon installation au B'nai B'rith. Mon mariage était arrangé, la jeune mariée venait d'une petite ville en Alsace qui avait été, dans le passé, le siège d'une Yeshiva ; il y a les tombes de nombreux rabbins connus dans le grand cimetière de cette ville. Mon mariage a été béni par la naissance d'un fils et d'une fille qui sont devenus tous deux des personnes merveilleuses, chacun à sa façon. J'ai quatre jeunes petits-enfants, trois filles et un garçon. Hélas, après vingt-six ans mon épouse est décédée.
 
Quels sont vos intérêts principaux en-dehors du B'nai B'rith ?
Je m'intéresse surtout aux études juives : l'enseignement traditionnel, la pensée juive et la liturgie. Mes relations avec les chrétiens, surtout catholiques, m'amène à la théologie générale et à la philosophie, ce qui me fascine. Les philosophes juifs que je préfère sont Moses Mendelssohn et Hermann Cohen. Pour autant qu'il me reste encore un peu de temps, j'écoute de la musique classique et je joue de la flute.
 
Quels sont, selon vous, les problèmes principaux auxquels le B'nai B'rith Europe doit faire face ?
A première vue, le problème essentiel du BB en Europe semble être un manque d'effectifs. Cependant, le problème de base pourrait être la crise de cette entité sociale appelée « Ordre ». Mon impression, qui est le résultat de mon regard sur des gens émanant de plusieurs générations, est que trop de personnes sont très réticents si pas peu disposés à être impliqués sérieusement et à s'engager dans quoi que ce soit. Ceci ne s'applique pas qu'aux adultes mais est souvent dû à une occupation qui leur permet de gagner leur vie ou, une fois ce but atteint, ils sont sous la pression d'exigences professionnelles prenantes. Il n'y a cependant aucun doute qu'il y a des gens qui ont une tout autre mentalité, mais ils semblent être difficiles à trouver. Un autre problème pourrait être le fait que nous n'avons vraiment pas ce genre d'organisation dans notre histoire sociale. (Une secte n'est pas un ordre). Après tout, tout à ses débuts, le B'nai B'rith a été inspiré par la franc-maçonnerie. Toutefois, en ce qui me concerne, je suis persuadé que le B'nai B'rith est au moins aussi nécessaire qu'il ne l'a jamais été, non seulement pour la bienfaisance, mais pardessus tout pour s'efforcer à arriver à  une harmonie (pas une unité !) parmi les différentes tendances de notre peuple - religieux, culturel ou autre - et de plus pour la promouvoir dans le monde en général.
 
Comment pensez-vous que nous pourrions attirer les jeunes à nous rejoindre ?
Comme nous ne sommes ni un jardin d'enfants ni un mouvement de jeunesse dans le sens le plus stricte, nous devons nous concentrer sur les jeunes adultes (ce qui est admirablement fait par le Forum des Jeunes Adultes Juifs) et de chercher des personnes peut-être pas si jeunes, mais d'esprit élevé. Il est certain que ceci ne sera pas facile, cependant cela vaut la peine d'essayer avec acharnement.