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NEWS - Actualités des Loges

SUISSE

HENRY DUNANT - GENEVE

Soirée B'nai B'rith de Souccoth 2013 :

Deux hommes, deux destins, un idéal
« L'homme à travers la cause »
Article écrit par Michel Beneviste

Le 24 septembre dernier, plus d'une centaine de personnes ont assisté à notre traditionnel le soirée de Souccoth, devenue depuis 2007 « une soirée hommage » de la Loge Henry Dunant du B'nai B'rith Genève.

S'intégrant dans le 65e anniversaire de l'Etat d'Israël, cette soirée était consacrée aux destins parallèles de deux grands hommes qui ont façonné l'avenir d'Israël : le Baron Edmond James de Rothschild et David Ben Gourion. Préparée et animée par notre Fr. David Nahmany et avec la participation de Mme Elizabeth Antébi, historienne et auteure, elle nous a permis de réaliser comment ces deux grands homme, avec un même idéal, ont réalisé l'un sa mission l'autre son rêve.

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Deux destins, deux personnalités très différentes.

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Tout d'abord la perspective historique : Edmond James de Rothschild est né en 1845 et a vécu jusqu'en 1934. Issu de la branche française des Rothschild, riche, amateur d'art, pétri de la tradition humaniste de la 3e république. Il a bénéficié d'une éducation religieuse traditionnelle et adhère aux valeurs de défense et de protection du peuple juif de l'Alliance Israélite Universelle (AIU). Après les pogromes de Russie,  il a considéré qu'il avait une mission : sauver les Juifs persécutés en leur offrant, grâce à des achats de terre en Eretz Israël, un refuge et un avenir.  Lui n'a jamais envisagé de s'installer en Palestine : il y est allé 5 fois, mais a toujours vécu à Paris.

David Ben Gourion (alors David Gryn) nait dans l'Empire russe à Plonsk en 1886 et meurt à Sede Boker (Israël) en 1973. Il est issu d'une famille aisée et sioniste : son père était l'un des fondateurs du mouvement des Amants de Sion (Hovevei Tsion), il apprend l'hébreu très jeune et ne conçoit pas sa vie autrement que par un retour à Sion, sur la terre de ses ancêtres, et par la création d'un Foyer National Juif en Palestine, afin d'y rassembler les Juifs dispersés dans le monde. Après un séjour à Varsovie, ou du fait de ses activités sionistes, il est emprisonné, il émigre en Palestine, alors ottomane, en 1906.

  41 année séparent donc Edmond James de Rothschild et David Ben Gourion, à tel point que lors de son arrivée en Palestine, le jeune David Gryn commence à travailler dans une des implantations crées par le Baron. Une génération qui explique certainement leur approche différente : racheter la terre pour en faire un refuge pour le peuple d'Israël pour le Baron Edmond, ramener le peuple à sa terre pour David Ben Gourion. Ces deux conceptions vont s'opposer, puis au final se rapprocher.

Edmond James de Rothschild a été conseillé par Charles Netter, l'un des fondateurs de l'AIU, alliance qui s'est fixé comme but non seulement de défendre les Juifs mais aussi les minorités opprimées.
 
L'AIU a été partie prenante dans les négociations internationales : dès 1878, l'AIU, à l'issu de la  guerre russo-turque, fait mettre à l'ordre du jour de la conférence de Berlin la protection des minorités juives de l'empire ottoman. Le Baron Edmond James de Rothschild va ainsi se considérer comme investi d'une mission : sauver les Juifs en leur offrant un refuge en Palestine, en procédant au rachat de terres et au développement agricole puis industriel. Tâche immense à tel point qu'il répondit à des rabbins lui affirmant qu'il allait construire sur du sable : « seul un Rothschild le peut ! »
Et il fit ceci de façon particulièrement discrète.

On peut également dire qu'au-delà de la différence générationnelle la différence entre le Baron Edmond et David Ben Gourion était accentuée par une approche très française pour l'un et très anglo-saxonne pour l'autre. Dans son œuvre le Baron Edmond s'est toujours attaché à développer simultanément 3 piliers : la synagogue, le dispensaire et l'école. C'est ce qu'il a mis en œuvre dans toutes les implantations crées à cette époque. Rishon Le Tzion, Zichron Yaakov, mais également la ferme de l'Alliance, Mikveh Israel car l'AIU aussi était impliquée dans l'installation des Juifs en Palestine à l'éducation desquels elle a fortement contribué. 

Considérant qu' « il n'y a pas de foi, mais seulement des actes de foi », le rachat et le développement des terres a été sa mission, sa mitsvah. Il était par contre très réservé envers les sionistes, dont l'approche marxiste lui déplaisait. Il était par exemple tout à fait opposé aux kibboutzim, et en particulier à la séparation des enfants de leurs parents qu'il considérait comme contraire aux traditions juives. Il est furieux contre les syndicalistes sionistes qui interdisent l'accès des chantiers aux travailleurs arabes mais s'oppose violemment au 2e Livre blanc britannique de 1930 qui limite l'extension juive en Palestine.

David Ben Gourion considère au contraire que sa mission est de créer un foyer national juif en Palestine afin de rassembler les Juifs dispersés dans le monde. Il considère que l'hébreu est un facteur indispensable de la renaissance du Foyer national juif (le Yishouv) et se bat pour que cette langue soit adoptée par tous, ce qui était loin d'être le cas dans les premières années de sa vie en Palestine. Il considère qu'il n'y a pas d'autre possibilité que de créer une défense forte, de façon à se protéger des arabes qui pillent les cultures, même si c'est au prix d'une rupture avec la tradition juive de privilégier la raison. Toute sa vie est bâtie sur la conviction que ce n'est pas aux puissances occupantes d'octroyer un foyer aux Juifs de Palestine, que c'est le droit du peuple juif de retourner à Sion et  que la « la Bible est notre mandat », ainsi qu'il le déclara devant la Commission Peel en 1936.

Dans le même témoignage devant la Commission Peel, il déclare :

« Notre droit sur la terre d'Israël se fonde sur deux arguments  sans précèdent dans l'histoire :
- le premier, la Terre d'Israël est le seul pays au monde que les Juifs ont, en tant que peuple et non en tant qu'individus...
- le second, il n'y a pas d'autre peuple ou race dans le monde, peuple et non population, qui considère cette Terre comme sa seule patrie. Nous n'acquérons pas un foyer national, nous recréons notre foyer national »

Vers la fin de sa vie, le Baron Edmond va d'une certaine manière se rapprocher du mouvement sioniste : il aide financièrement les Juifs allemands à émigrer en Palestine en 1933 et réalise que son action ne peut être que renforcée par le mouvement sioniste.
David Ben Gourion quant à lui, après avoir eu en charge la création et surtout la défense du nouvel Etat d'Israël contre les agressions des Etats arabes, va tout faire pour améliorer la vie commune entre Juifs et Arabes.
Dans sa conclusion, David Nahmany a rappelé  des extraits de discours démontrant  la convergence des deux hommes, sur l'indispensable retour du peuple Juif sur sa terre et l'hébreu comme langue nationale. Il a aussi donné l'exemple du B'nai B'rith qui a contribué à sa manière au changement de la politique des Etats Unis d'abord sous Roosevelt , puis sous par Truman, grâce à l'intervention d'Eddie Jacobson.