Site en ANGLAISSite en FRANCAIS

NEWS - Actualités du B'nai B'rith

Article écrit par Ernest Simon
 
"Quels sont vos souvenirs du voyage en train ?"
 
"Que ressentiez-vous en disant au-revoir à vos parents ?"
 
"Savez-vous pourquoi vos parents vous ont mis sur ce train ?"
 
"Détestez-vous les allemands ?"
 
Ceci n'est que quelques-unes des nombreuses questions auxquelles j'ai eu à répondre après mon intervention le dernier jour de la célébration annuelle de la Journée de la Commémoration de la Shoah à Northwood, dans les faubourgs de Londres, entre la fin janvier et le début du mois de février.
 
J'ai parlé de mes souvenirs personnels du Kinderstransport à un publique d'approximativement 120 jeunes adolescents, garçons et filles âgés de 16 à 18 ans, élèves de l'école Goffs à Hertfordshire. J'ai commencé mon intervention par des informations sur mes origines à Eisenstadt, en Autriche, connu comme ville ayant accueilli des juifs depuis le XVIIe Siècle surtout à cause de l'influence de la famille Esterhazy. Eisenstadt avait son ghetto, avec une chaine à chaque entrée pour maintenir la paix et le calme le jour du Shabbat. Notre vie à Eisenstadt en tant que juifs relativement orthodoxes était confortable.
 
bbenl201302dfr 
 
L'Anschluss de mars 1938 a tout changé. L'objectif des nazis était de débarrasser Eisenstadt de tous les juifs, et en septembre 1938 nous avons été contraints de quitter nos foyers et d'abandonner nos biens pour aller vivre dans un petit appartement loué situé dans le 2e District à Vienne - le "quartier Juif" - d'où mon père a essayé d'obtenir un visa soit pour les Etats-Unis, la Palestine ou l'Angleterre. Les choses sont devenues plus urgentes lors de la Kristallnacht, et donc quand vint l'opportunité de m'envoyer en Angleterre avec un Kinderstransport, mes parents se sont trouvés face à une décision extrêmement difficile à prendre - allons-nous l'envoyer au risque de ne plus jamais le revoir, ou bien allons-nous le garder avec nous et risquer son destin entre les mains des nazis ? J'avais 8 ans lorsqu'en janvier 1939 on m'emmena à la Westbanhof de Vienne pour me mettre dans un train à destination de l'Angleterre. Nous nous sommes souvent demandés, ma femme et moi, si nous aurions eu le courage de franchir un tel pas avec notre fils âgé seulement de 8 ans.
 
Heureusement mon histoire, contrairement à celle d'autres enfants du Kinderstransport qui n'ont jamais revu leurs parents, eut une conclusion heureuse. Mes parents et mon jeune frère sont parvenus à venir en Angleterre un mois plus tard, et la famille a de nouveau été réunie en 1941, après l'internement de mon père sur l'Ile de Man pendant un an, et après que nous ayons vécu, mon frère et moi, d'abord dans une famille d'accueil très attentionnée et ensuite dans un home pour garçons réfugiés. Nous étions vivants et avions de la gratitude envers le gouvernement britannique qui avait sauvé approximativement 10.000 enfants venant d'Allemagne, d'Autriche et de la Tchécoslovaquie alors que le reste du soi-disant monde civilisé - les USA, le Canada, l'Australie, etc..- ont tourné le dos au sort des juifs européens.
 
Le mardi 29 janvier 2013 la treizième Commémoration de la Shoah de Northwood a débuté, commémoration qui s'étend sur une période de cinq jours. Cet événement est organisé conjointement par la Northwood United Synagogue (NUS) et la Synagogue Libérale de Northwood et Pinner (NPLS) soutenu par leurs rabbins respectifs, le Rabbin Moshe Freedman (NUS) et les Rabbins Andrew et Aaron Goldstein (NPLS).
 
C'est le plus grand événement de ce genre qui continue à croitre chaque année. Pour la première fois une journée a été ajoutée à Northwood pour permettre des plus petits groupes de travail et pour recevoir 2300 étudiants venus de 40 écoles des banlieues londoniennes de Harrow et de Hillingdon et du comté de Hertfordshire. C'est une augmentation de 20% de participants à ces sessions exceptionnelles ce qui  fait un total de plus de 28.000 étudiants qui ont participé à cet événement depuis sa création.
 
bbenl201302efr
 
Pendant la première journée au NUS les étudiants venus des écoles primaires pour garçons de Watford, de Berkhamstead et de John Lyon à Harrow ont écouté l'intervention de Harry Spiro qui a survécu  les horreurs de "la marche de la mort", alors que au NPLS des étudiants de l'école de Emmbrook à Wokingham ont écouté Bob Kirk et son épouse Ann qui se sont échappés d'Allemagne sur le Kinderstransport après ce pogrom devenu célèbre, la Kristallnacht.
 
Pendant toutes les sessions les étudiants participent à des ateliers qui leur permettent de faire un lien concret entre les faits historiques sur la Shoah et son impact sur les problèmes tels que le racisme, la discrimination, la persécution et la citoyenneté. Les dates choisies cette année pour l'événement marque le 70e anniversaire de ce qui a probablement été le pic de la Shoah, un an après que les nazis aient décidé d'organiser la "Solution Finale" à Wannsee en janvier 1942 et avant que la guerre prit un tournant décisif contre eux à la battaille de Kursk en 1943.
 
En s'inspirant du passé, en acceptant la différence et en assurant le respect de tous, nous pouvons construire "Un Pont" dans nos communautés et aider à créer un monde futur plus sûr.
 
bbenl201302ffr
 
Il m'est arrivé de m'exprimer, à plusieurs occasions, sur mon expérience du Kinderstransport, à la fois à des organisations d'adultes tels que le Rotary Club ainsi qu'à des écoles sous les auspices du Trust de l'Éducation de la Shoah, mais ici c'était la première fois que j'étais un des orateurs de l'événement annuel de Northwood.
L'expérience a été mémorable sur un certain nombre de points :
- L'efficacité calme de l'équipe de bénévoles et d'animateurs
- Leur dévouement total à l'éducation de la Shoah
- Les étudiants sont totalement plongés dans ce qu'ils entendent, et posent d'excellentes questions
- C'est une action menée conjointement par la Northwood United Synagogue (de tendance orthodoxe) et la Synagogue Libérale de Northwood et Pinner .
 
Après chaque session de conférence et de questions, les étudiants reçoivent une carte sur laquelle on leur demande d'adresser quelques mots à l'orateur qu'ils viennent d'entendre, en exprimant leurs ressenti sur le sujet.  Ce qu'ils ont à dire est en général très instructif. Vous trouverez ci-dessous quelques-unes de ces cartes choisies au hasard :
 
bbenl201302g
 
1e Carte :  Merci d'avoir partagé votre histoire, ça rend les faits historiques plus réels, et c'était très émouvant. C'est quelque chose dont je me souviendrai et que je partagerai pour toujours, et j'espère pouvoir en apprendre plus. J'aimerais qu'il y ait plus souvent des occasions d'écouter des personnes telles que vous, merci beaucoup.
 
2e carte : J'ai le sentiment qu'aujourd'hui j'ai eu un aperçu de ce que c'était vraiment, du point de vue d'un enfant. Je pense avoir compris, et avoir eu le privilège de l'opportunité d'entendre une histoire extraordinaire. Merci du temps passé avec nous, et j'espère que votre histoire ne sera pas oubliée. Merci Ernest.
 
3e carte : Aujourd'hui j'ai le sentiment de partir avec bien plus de connaissances et de compréhension de ce vous et des millions de gens avec leur familles ont subi. Je me sens privilégié d'avoir pu écouter votre histoire, elle ne sera pas oubliée.
Merci de nous avoir consacré votre temps, Ernest, une inspiration pour nous tous.
 
J'espère que j'aurai l'occasion de faire partie de cet événement pendant encore de longues années.