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CULTURE & PATRIMOINE - Culture & Histoire

« Dreyfus » du monde de la musique classique, Giacomo Meyerbeer est arrivé après des siècles d’antisémitisme. .. Traduction d’extraits d’un texte de Benjamin Ivry, paru le 30 mars dans le Jewish Daily Forward du 24 mars 2012.

La soudaine prolifération de compositeurs juifs au milieu du 19ème siècle est un fait sans précédent dans l’histoire de la musique classique. Jusqu’alors, les juifs s’étaient limités au rôle d’exécutants virtuoses, mais tout cela changea complètement quand deux des plus célèbres compositeurs se trouvèrent être d’origine juive.



Ceux-ci étaient Félix Mendelssohn dont l’oeuvre majeure fut l’oratorio : « Elie » (1846) et Giacomo Meyerbeer (né Jacob Liebermann Beer), le prolifique compositeur des opéras « Robert le diable » (1831), « les Huguenots » (1836) et « le prophète » (1849). Le livre de David Conwy : Les juifs et la musique : entrée dans la profession depuis le siècle des Lumières jusqu’à Richard Wagner, publié par la Presse Universitaire en janvier, explique comment les juifs sont devenus des leaders exemplaires dans la société musicale.

Conwy explique qu’au 17ème siècle, la synagogue ashkénazi d’Altona en Allemagne, interdisait à ses fidèles d’aller à l’opéra. C’est seulement vers la fin du 18ème siècle que de riches familles berlinoises ont essayé de s’initier à la culture chrétienne pour accéder à la société européenne. Ils ont donc fait donner des leçons de musique à leurs enfants et adopté un style d’éducation aristocratique. Parmi ceux qui en furent les heureux bénéficiaires, on compte la grand-tante de Mendelssohn, Sarah Itzig Lévy et la mère de Meyerbeer, Amalia Liebmann Meyer Wulff.

Les juifs allemands qui voulaient s’imposer comme compositeurs dans la société raffinée de l’époque devaient répondre à un grand nombre de critères. Et tout d’abord, ils devaient êtres riches et jouir d’une position sociale. Ainsi, quand la famille du petit Meyerbeer de 11 ans le fit poser près d’un piano pour un portrait à l’huile, c’était pour placer ce jeune prodige dans la tradition de Mozart mais aussi pour mettre en relief la position sociale de sa famille. Contrairement au jeune Mozart cependant, Meyerbeer joua en public non pas pour gagner de l’argent mais pour que sa famille fût fière de lui. Il rendit aussi les juifs allemands fiers que l’un des leurs pût être un tel prodige.

L’un de ces juifs allemands était le poète Heinrich Heine, pendant longtemps frère-ennemi du compositeur, qui était enchanté, dans son poème de 1834 : « Angélique » d’amener sa bien-aimée à la représentation de « Robert le Diable » de Meyerbeer : « C’est une œuvre enchantée pleine de joie diabolique et d’amour. Meyerbeer en a écrit la musique et (Eugène) Scribe le piètre libretto »….
Heine, en 1825 s’était converti au protestantisme et Mendelssohn était devenu luthérien par le baptême en 1816. Meyerbeer, lui, n’abandonna jamais le judaïsme….

Ceux qui sont à la recherche d’expressions explicites de Yiddishkeit dans son travail seront désappointés, tout comme Conway l’est par « La Juive » l’opéra écrit en 1835 par le compositeur français-juif Fromental Halévy dont il écrit : « Il semble que l’ironie du sort veuille que l’unique grand opéra écrit par un juif sur un juif n’ait vraiment pas grand-chose à dire sur les juifs ». En fait, « La Juive », selon Conway se conforme étroitement, dans le portrait du protagoniste Eléazar, aux préjugés les plus grossiers touchant l’amour que les juifs portent à l’argent, à la haine des chrétiens et à une façon générale d’être implacable. …

…La musique de Meyerbeer fut universellement interprétée par les plus grandes stars y compris le ténor Enrico Caruso le baryton Mattia Battistini et Tita Ruffo. Plus près de nous, les sopranos Joan Sutherland et Montserrat Caballé, la mezzo-soprano Marylin Home et le baryton Cesare Siepi ont tous fait des enregistrements extraordinaires de la musique de Meyerbeer…

Chaim Weizmann aimait le proverbe : « les juifs sont comme les autres peuples, juste un peu mieux ». Et il en est de même des créations de Meyerbeer dont l’aspect le plus juif est qu’elles sont comme les autres opéras, mais juste un peu mieux : plus longues, plus grandes elles exigent un spectaculaire virtuose pour la partie chantée. Une performance médiocre de Mozart peut encore passer pour du Mozart mais une interprétation moins que majestueuse de Meyerbeer perd toute sa raison d’être. Joué par une panoplie de magnifiques chanteurs, les œuvres de Meyerbeer peuvent encore exalter et exciter comme elles le faisaient il y a plus de 150 ans.