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CULTURE & PATRIMOINE - Culture & Histoire

Pâques à Cracovie : renaissance juive en Pologne
(Texte anglais du Jérusalem Post du 27 mars 2013 Traduit par G. Jacaret)

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 Juifs et non juifs font ensemble le Seder au Centre Communautaire Juif.

Plus de 150 personnes se sont réunies au Centre Communautaire de Cracovie, lundi soir, pour célébrer le Seder. Parmi eux, on comptait des non-juifs, polonais catholiques pour la plupart, fortement intéressés par le judaïsme. Pour beaucoup d’entre eux, c’était la première fois qu’ils participaient à une fête juive.
C’est le fils du Grand Rabbin Boaz Pash, David Pash, qui a dirigé le Seder.
Les invités étaient assis autour des tables pleines des plats traditionnels de Pâques, de vins israéliens et de matzot. Ils écoutèrent la Haggada en hébreu et en polonais.
Jonathan Ornstein, directeur du Centre Communautaire de Cracovie dit au Jérusalem Post :
« On sentait un grand intérêt et nous avions plus de 150 invités, les uns locaux, les autres venus du monde entier y compris Israël, les USA et le Canada qui avaient demandé à se joindre à nous. Il y en avait de tous âges depuis un bébé de six mois jusqu’à un vieux monsieur de 90 ans. Notre mission est, naturellement, de construire une vie juive ici, à Cracovie, mais nous sommes toujours heureux quand des visiteurs peuvent se joindre à nous et constater le merveilleux renouveau de la vie juive à Cracovie. »
Selon Ornstein, il y eut, le lundi soir, le plus grand Seder jamais vu jusqu’à présent. Nous avons été obligés d’enlever les portes de la salle de réception et du hall pour avoir plus d’espace et de places. David qui dirigeait le Seder m’a demandé comment nous allions faire pour laisser entrer Eliahou puisqu’il n’y avait plus de portes ! Vraiment, la pensée de ce Seder, cette année, où tant de gens ont voulu venir, me réchauffe le cœur ! »
Le fait de célébrer Pessah dans un endroit généralement associé à la plus grande tragédie de l’histoire est d’une très haute signification.

« Je viens des U.S., j’ai vécu en Israël, et maintenant j’ai la nationalité polonaise, dit-il. Je sais combien nous sommes supposés ressentir cette période où les juifs ont quitté l’Egypte, mais quand je regarde autour de moi et que je vois 15 à 20 survivants de la Shoah assis ensemble pour le Seder de Pessah, je me dis que ces gens sont vraiment sortis de l’esclavage ».
Ewa Wegzryn a 31 ans. C’est une des polonaises catholiques qui a assisté au Seder. Sa fascination pour le judaïsme a commencé il y a déjà plusieurs années quand elle a commencé à s’intéresser à la vie juive en Pologne avant la 2ème Guerre Mondiale. Après avoir suivi des cours d’ « études juives » à l’université Jagiellonski de Cracovie, elle détient un doctorat en judaïsme et donne des cours à la nouvelle génération d’étudiants.
« C’est mon premier Seder, dit-elle, j’ai de nombreux amis juifs à Cracovie et je sais que c’est un soir très important pour eux. J’ai voulu partager cette fête avec eux.
On lui a demandé quelles étaient ses impressions sur le Seder. Elle a répondu an souriant : «  D’abord, il y a énormément de nourriture. C’est très intéressant. Je connais l’histoire telle qu’elle est contée dans la Bible et je parle hébreu mais pas l’hébreu ancien, c’était donc un peu difficile de suivre les prières et les chansons. Néanmoins, c’était, pour moi, une expérience très intéressante et très agréable. Il m’arrive aussi quelquefois de participer à des dîners de shabbat au Centre Communautaire.
Qu’est-ce qui a bien pu dans le judaïsme intéresser une polonaise catholique comme elle ? A cette question, elle répond qu’elle a toujours été intéressée par l’histoire. « Au lycée, ajoute-t-elle, j’ai entendu parler du massacre de Jedwabne en juillet 1941, où les Polonais ont massacré leurs voisins juifs… »
Il s’est trouvé que sa meilleure amie, avant la 2ème Guerre Mondiale était une juive originaire de ce village-là. Elle s’appelait Rachel.
« J’ai alors commencé à m’intéresser de plus en plus à la vie juive et j’ai pris la décision d’étudier le judaïsme à l’université Jagiellonski. Par la suite, je suis allée en Israël et j’ai appris l’hébreu. C’est ainsi que je me suis mise à aimer Israël et le judaïsme. »
Selon elle, on assiste, en Pologne, à une véritable renaissance de la vie juive. « Je peux dire qu’ici, dans la communauté juive, mais aussi dans l’Institut des Etudes Juives, nous avons de plus en plus d’étudiants non juifs qui s’intéressent au judaïsme. Nous appartenons à la génération née après le Communisme et nous regardons l’histoire d’un point de vue différent. Nous sommes encore honteux que des juifs aient dû, après la guerre, subir des pogromes, en Pologne. D’un autre côté, nous avons un festival juif à Cracovie, chaque été, qui attire des milliers de gens et parmi eux, beaucoup sont polonais sans aucune racine juive. »