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CULTURE & PATRIMOINE - Culture & Histoire

Les Chinois découvrent Auschwitz dans un musée à Pékin

Le Nouvel Observateur, 08-09-2013

AUSCHWITZ-SEPT-13

Pékin (AFP) - Des fils barbelés sur des potences, des fours crématoires et des pyramides de chaussures ou de valises: ce décor lugubre évoque instantanément Auschwitz-Birkenau, du moins en Occident car en Chine le camp d'extermination est méconnu, même si, pour la première fois, une exposition tente d'y remédier.

En deux mois plus de 70.000 visiteurs sont venus voir les photographies insoutenables des victimes de la barbarie nazie, dans des vitrines qui montrent aussi les tenues rayées ou les sabots de bois que portaient les prisonniers du monument devenu symbole de l'Holocauste.

L'exposition "Auschwitz, camp de la mort" est abritée dans une aile du "Musée de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l'agression japonaise", édifié par les autorités communistes à 15 km du centre de Pékin, face au pont Marco Polo, théâtre d'un douloureux épisode de l'histoire asiatique.

....Une vaste exposition sur les crimes contre l'humanité des nazis restait inédite en Chine, pays qui compte plus de 200 musées ou mémoriaux consacrés aux exactions commises à la même époque par l'armée impériale nippone, explique à l'AFP le conservateur-adjoint Li Zongyuan.

Elle comble un vide, selon lui, car l'enseignement sur les heures noires du XXe siècle se focalise en Chine sur les atrocités japonaises.

"Ce qui choque le plus les visiteurs est que les nazis envoyaient les femmes et les enfants dans les chambres à gaz", relate M. Li. Mais c'est pour insister ensuite sur les spécificités des crimes de guerre japonais, comme la mise en esclavage sexuel de milliers de femmes ou l'utilisation de gaz toxiques.

Le cursus scolaire des jeunes Chinois effleure à peine les exactions du IIIe Reich, confirme à l'AFP Hu Dekun, de la Société chinoise d'études sur la Deuxième guerre mondiale.

"Dans les manuels d'histoire au lycée, cette guerre est racontée de façon très brève. Même pour les étudiants en histoire à l'université, cette période est évoquée en moins de 20.000 caractères" (une douzaine de pages).

Rencontré dans une salle du musée, un jeune homme venu de la province septentrionale du Shanxi confie avoir découvert l'existence des camps nazis en regardant La Grande évasion, le long métrage américain de John Sturges relatant une fuite collective d'un stalag.

"J'ai vu deux fois ce film", dit Yan Jikai, avant de saluer l'acte de contrition du chancelier allemand Willy Brandt, qui en 1970 s'était agenouillé au Mémorial du ghetto de Varsovie.

A l'opposé, poursuit-il, "les Japonais n'ont jamais vraiment reconnu leurs fautes et ils continuent d'aller au sanctuaire Yasukuni" à Tokyo, considéré par les voisins du Japon comme le symbole de son passé militariste.

Li Jie, étudiant à Pékin, compare, lui aussi, l'attitude des Allemands et des Japonais.

"Pour moi, le point commun est que la Chine était à l'époque un pays très faible: les Chinois, comme les Juifs et les Polonais, n'avaient aucun moyen de résister".

Quelque 1.100.000 personnes, dont une vaste majorité de Juifs, ont été systématiquement affamées, torturées et assassinées entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau.

De 70.000 à 75.000 Polonais non juifs y ont péri, ainsi que 21.000 Roms, 15.000 prisonniers de guerre soviétiques et 10.000 à 15.000 autres détenus, dont des résistants, selon le musée national d'Auschwitz, partenaire de l'exposition à Pékin.

Cette dernière a été adaptée au public chinois, en insistant sur le rôle historique joué par Shanghai dans l'accueil de Juifs qui fuyaient les persécutions nazies.

L'exposition rend aussi hommage à He Fengshan, un diplomate chinois en poste à Vienne de 1938 à 1940 qui sauva des milliers de Juifs en leur procurant des visas vers la Chine.

Selon Li Zongyuan, quelque 7.000 Chinois ont visité en 2012 Auschwitz, "un très petit nombre comparé à celui des touristes chinois en Europe".

Le site a toutefois un peu gagné en notoriété en Chine quand un Premier ministre, Wen Jiabao, s'y est rendu en avril l'an dernier.
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He Fengshan
(Article du « Fight hatred », Centre international Jabotinski traduit par G. Jacaret)

PEKIN

Ho Feng –Shan, Consul Général à Vienne de 1938 à 1940, sauva des milliers de juifs en leur distribuant des visas qui leur permettaient d'aller à Shanghai.

Ce diplomate risquait ainsi sa carrière et même sa propre vie pendant la 2ème Guerre Mondiale pour sauver des juifs. Il fut le Consul Général de Chine à Vienne de 1938 à 1940. Bien que ses supérieurs lui eussent demandé de se retirer, il demeura ferme dans ses principes et continua à déployer ses extraordinaires efforts humanitaires. Cela consistait à faciliter et assurer le départ de milliers de juifs en leur donnant des visas pour la cité portuaire de Shanghai.

Ses actions furent reconnues après sa mort et l'organisation Yad Vashem lui décerna le titre de « Juste parmi les Nations » en juillet 2000. Il fut honoré par les Fils de la Ville de Jérusalem en 2004. La Ligue Anti-Défamation (ADL) honora à titre posthume le Dr.Feng Shan Ho de sa récompense le 15 novembre 2012, à sa réunion annuelle à Chicago. Cette récompense fut remise à sa fille Manli Ho.

Abraham H. Foxman, directeur national de l'ADL prononça ces mots : « Ho fut l'un des premiers parmi un petit nombre de diplomates qui, pour sauver des gens, prit des mesures extraordinaires et des risques personnels pour accomplir ce qu'il fallait faire en mettant en danger sa propre carrière sans attendre de la reconnaissance ou une compensation. Dr. Ho sauva des milliers de mères, de pères et d'enfants, de grands parents, de tantes et d'oncles. »
Les actions de Ho à Vienne ne furent pas connues de son vivant. Il n'y eut qu'une mauvaise note dans son dossier personnel pour désobéissance aux ordres. Ses actions extraordinaires ne furent connues qu'après sa mort, grâce aux recherches de sa fille, Ho Man –li qui, pendant quinze ans, accumula toute une documentation sur l'histoire de son père.