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CULTURE & PATRIMOINE - Culture & Histoire

LA GUERRE DE KIPPOUR

Israelinfo
Numéro 1257 - 22.09.2013 - 18 Tishri 5774

Il y a 40 ans : la guerre de Kippour à travers les yeux des juifs de Diaspora
par Mylène Sebbah

Le déclenchement de la guerre du Kippour a suscité une impressionnante vague de soutien à Israël parmi les juifs du monde entier : don du sang, engagement de nombreux volontaires dans l'armée israélienne, jusqu'aux batailles rangées pour défendre l'état hébreu.

GUERRE DE YOM KIPPOUR
Alors qu'Israël commémore le quarantième anniversaire de la guerre de Kippour (2250 morts côté israélien), le quotidien Haaretz est allé fouiller ses archives pour rappeler comment fut vécu ce conflit tragique non pas dans les rues israéliennes mais du côté des communautés juives dans le monde.

La couverture de Haaretz dès les premiers jours du conflit reflétait la consternation et l'effroi qui se sont emparés des communautés juives, et leur empressement à s'organiser pour manifester leur soutien.
Le 7 octobre 1973, c'était déjà le jour d'après – la veille, les armées égyptiennes au sud, et syriennes au Nord, avaient attaqué par surprise Israël alors que les synagogues, pleines à craquer, étaient encore en prière -.

Les tensions couvaient déjà dans les rues de New York.
Sur la Cinquième Avenue de Manhattan, les membres de la Ligue de défense juive en moto et casques s'opposent aux Arabes manifestant devant le bureau de la délégation d'Israël aux Nations-Unies.

Les manifestants pro-israéliens d'un côté de la rue noient les cris des manifestants pro-arabes avec des chansons en hébreu. La police doit intervenir pour éviter que la situation ne dégénère.

En France, les Juifs religieux n'ont découvert ce qui se passait qu'à leur retour de la synagogue. Eliyahu Maissy, le correspondant de Haaretz écrit le 7 octobre que "les Juifs français sont sous le choc et suivent les batailles en direct".

Alors qu'Israël qui intensifie sa riposte et réussit à renverser la situation militaire sur le terrain, le pays se retrouve de plus en plus isolé sur la scène diplomatique; Haaretz suit avec optimisme les débats de l'Organisation sioniste mondiale qui tentent de déterminer comment la communauté juive mondiale pourrait apporter son soutien ; il raconte comment les ambassades israéliennes à travers le monde sont" inondées" par les appels des bénévoles, les gens qui font la queue pendant trois heures sur la soixante-septième Rue à New York pour donner du sang..

Chez les Juifs américains, le soutien" enthousiaste" a même dépassé celui qui avait soulevé la communauté lors de la guerre des Six Jours, en 1967.
Le chiffre d'un milliard de dollars pour le coût de la guerre a filtré mais à peine trois jours après le début des combats, les Juifs de New York ont rassemblé quelque 25 millions de dollars au cours de rassemblements, dans les synagogues et les salles publiques.
La communauté juive de Chicago n'est pas en reste et lance une campagne avec l'objectif de rassembler, elle aussi, 25 millions de dollars.

Pendant la première semaine des combats, plus de 500 volontaires juifs des États-Unis et du Canada, désireux de servir dans l'armée israélienne, donnent à l'aéroport de Londres d'où ils partent" l'allure d'une base militaire".

Les Juifs d'Union soviétique, bien qu'ils doivent faire preuve de prudence car le Kremlin est allié à l'Égypte et à la Syrie, n'ont pas montré de moins de courage ni d'audace que les soldats israéliens sur les champs de bataille.
Ils envoient des messages de soutien, témoin celui écrit le 10 octobre par 45 Juifs de Moscou au gouvernement israélien et aux Israéliens," nos chers frères et sœurs, une autre aventure militaire tragique des dirigeants arabes assoiffés de guerre a commencé pour Yom Kippour et se terminera par une tragédie pour leur propre peuple. Nous sommes avec vous dans ces moments critiques".

Dans son éditorial du 9 octobre, Haaretz souligne l'importance du soutien de la diaspora au cours de cette période de crise, non seulement en termes pratiques mais aussi politiquement, la pression du public des communautés juives ayant réellement aidé Israël à résister à son isolement dans l'arène internationale.

"En Grande-Bretagne, et même en France, des points de vue, des opinons différentes ont été exposées à l'opinion publique", écrit l'éditorialiste, ajoutant qu'aux États-Unis, partisans juifs et non-juifs d'Israël ont été un contrepoids essentiel face aux lobbyistes pro-arabes.

Pétrole : "La guerre du Kippour a été un tournant"

Le Point.fr- Publié le 05/10/2013
La guerre du Kippour a eu lieu il y a 40 ans. Elle a bouleversé le marché pétrolier et mené à l'émergence de l'Opep. Interview.

Le Point.fr : Quelles ont été les conséquences de la guerre du Kippour sur le marché pétrolier ?
Philippe Chalmin : La guerre du Kippour a été un tournant, car l'embargo pétrolier qui a été imposé pour des raisons purement politico-militaires a fait prendre conscience aux pays producteurs de leur puissance économique. Jusqu'alors, le prix du pétrole était contrôlé par les compagnies et la guerre a éclaté au beau milieu d'un bras de fer entre ces dernières et les pays producteurs qui souhaitaient obtenir de meilleures royalties. Avec l'embargo, les pays ont compris que c'étaient eux qui avaient le pouvoir et un sous-produit de ce conflit a été l'émergence de l'Opep [Organisation des pays exportateurs de pétrole, NDLR] qui est devenue un cartel de producteurs capable d'imposer ses prix au reste du monde. Le pouvoir a changé de mains avec la guerre et cela a duré un bon moment...

La première décision de l'Opep a été de provoquer une flambée des prix du baril, ce qui a déclenché la première crise pétrolière.

Les prix du baril ont plus que triplé lors de la crise de 1973 pour passer de 4 à 13 dollars. Mais c'est le second choc pétrolier de 1979-1980 qui a été la crise de trop. L'Opep a en réalité mal géré la rente qu'elle percevait, car, en encourageant une flambée des prix, elle a permis à certaines ressources, qui étaient jusqu'alors trop coûteuses à exploiter, de devenir rentables. Les parts de marché des pays membres de l'Opep ont alors commencé à décliner pour atteindre aujourd'hui à peine un tiers de la production mondiale de pétrole. L'Arabie saoudite a été le premier pays de l'Opep à sentir le danger venir quand il a décidé en 1985 de vendre sa production à des prix inférieurs à ceux imposés par l'organisation basée à Vienne. Mais ce choix a déclenché une chute brutale du pétrole qui est passé de 40 à moins de 10 dollars le baril.

L'or noir est alors devenu une matière première "comme les autres" ?

Exactement. Le pétrole, qui était contrôlé par un cartel, est devenu une simple "commodity" répondant aux lois du marché. Et cette situation n'a pas changé depuis. Pour résumer, c'est la loi de l'offre et de la demande qui définit les prix du baril. Il est clair que l'Opep a gardé un certain pouvoir par le biais des quotas de production qu'elle définit pour chacun de ses membres, mais cette influence sur la demande est limitée, car de nombreux autres pays produisent de l'or noir. Et puis aujourd'hui, les gens savent qu'il reste du pétrole dans le sous-sol. La peur de voir les gisements se tarir à tout jamais a disparu.

Cela n'a pourtant pas empêché le cours du baril de dépasser les 100 dollars...

C'est vrai, mais les pays producteurs sont aujourd'hui devenus totalement dépendants de leur pétrole et la plupart de ces États doivent vendre leur baril au moins 70 ou 80 dollars pour équilibrer leurs budgets. La majorité de ces nations souffrent aussi d'une certaine instabilité politique et de corruption. Ces incertitudes gonflent les prix du baril. C'est pour cela que je parle de "malédiction du pétrole". Regardez la crise syrienne par exemple. Ce pays ne produit pas de pétrole, mais il suffit que les États-Unis menacent de le bombarder pour que le prix du baril s'envole de 10 dollars, car les investisseurs craignent que de telles attaques déclenchent une crise régionale impliquant de nombreuses nations productrices de pétrole.

Nous ne sommes donc pas près de voir un baril retomber sous la barre des 40 dollars comme à la fin de l'année 2008 ?

Je ne le crois pas. Le prix du baril, qui varie entre 100 et 120 dollars, a trouvé un certain équilibre qui satisfait à peu près tout le monde. Je ne pense donc pas à d'importantes baisses. Par contre, un problème dans un pays producteur pourrait avoir des conséquences considérables à la hausse.