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CULTURE & PATRIMOINE - Culture & Histoire

EXPOSITION – L'antisémitisme en caricatures à l'Institut Historique Juif de Varsovie
Tribune Juive,posté le 11 novembre 2013

L'Institut Historique Juif de Varsovie expose du 15 octobre 2013 au 31 janvier 2014 pas moins de 300 caricatures antisémites publiées dans les journaux polonais des années 1920 et 1930. LePetitJournal.com/Varsovie s'y est rendu pour comprendre les rouages d'une propagande antisémite plus qu'effrayante.

S'intéresser à la Pologne, c'est aussi s'intéresser à son histoire. Encore traumatisés par les terreurs de la guerre, les Polonais sont conscients de leur passé lourd et difficile. L'histoire semble s'emparer de Varsovie, ville témoin des pires horreurs perpétrées au début du siècle dernier. Dans les rues de la capitale planent encore les traces de l'ancien ghetto juif. Mais difficile de définir ce sentiment de malaise. Indignation. Stupéfaction. Incompréhension. Comment de telles abominations ont-elles pu être commises ? Comment ce sentiment d'aversion profonde à l'encontre des Juifs polonais a-t-il bien pu se propager ? C'est le sujet que l'Institut Historique Juif de Varsovie a choisi d'aborder à travers une exposition dédiée aux caricatures antisémites de l'entre-deux-guerres.

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                           Plongée au cœur du cauchemar antisémite

L'Institut Historique Juif de Varsovie organise actuellement une exposition consacrée aux caricatures antisémites des journaux polonais de 1919 à 1939. Dès l'entrée, on ne peut être que frappé par l'abondance d'affiches antisémites, dégageant une atmosphère inquiétante. La richesse de l'exposition se trouve tout d'abord dans la disposition même des images. Elles sont astucieusement séparées afin d'en saisir l'ampleur et de faciliter la réflexion. Car cette exposition se veut avant tout un travail de compréhension. Comprendre comment, de 1919 à 1939, s'est développé ce sentiment hostile, soutenu et encouragé par une société en perdition.

«Ils sont terriblement différents de nous, différents et affreux, car ils sont d'une autre race». Ces mots prononcés par l'essayiste polonaise Zofia Kossak Szczucka ouvrent le bal des monstruosités. Il faut rappeler que la question juive était le sujet de prédilection de la droite nationaliste de l'époque, mais pas seulement. Pourquoi un tel acharnement ? Parce que le juif passe pour le coupable idéal, à une époque où le virement vers l'extrême droite se fait sans ciller. Profiteurs, voleurs, les juifs font l'objet d'une propagande antisémite incessante.

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Quand le juif devient la bête noire de la société

Le juif polonais se voit attribuer le rôle du méchant par une société qui cherche à désigner le coupable de tous les maux. Déshumanisée, la figure du juif se transforme sous les traits de crayons des caricaturistes, en bête féroce capable des pires infamies. Quand il ne vole pas l'argent des uns, il vole les épouses des autres. On ne compte plus les images établissant le soi-disant portrait type du juif. Physique disgracieux, nez crochus, et autres regards malsains suffisent à les montrer du doigt.

Au fur et à mesure que l'on découvre les affiches de plus en plus haineuses, on ne peut que s'indigner face à une telle violence. Les antisémites convaincus de l'époque ont su manier une arme des plus dangereuses, celle de l'appel à la haine. Et pourtant, il faut rappeler que cette violence n'a pas disparu aujourd'hui. A l'heure où l'antisémitisme est loin d'être éradiqué en Pologne, la volonté de l'Institut Historique Juif est d'assurer un réel travail de mémoire. Ce centre a effectivement été crée en 1947 pour concentrer les documents liés à l'histoire et la culture juive en Pologne. Abritant près de 7000 témoignages et 350 mémoires, cela va sans dire que l'Institut met un point d'honneur à diffuser l'histoire de l'héritage juif en Pologne. Au détour d'un couloir, on ne manque pas de visionner les images d'archives du ghetto juif, toutefois difficiles à regarder. Finalement, se souvenir du passé pour ne pas recommencer s'impose comme mot d'ordre de l'exposition.