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NOS ACTIONS - Affaires Etrangères

Compte-rendu par Witold Zyss, représentant permanent du B'nai B'rith auprès de l'UNESCO:

unescoLa Conférence générale de l'UNESCO, qui s'est réuni à Paris du 25 octobre au 10 novembre 2011, a décidé d'accepter la Palestine comme état membre de l'Organisation. La Conférence générale est l'organe suprême de l'UNESCO, composé de tous les états membres (actuellement 195), qui se réunit tous les deux ans pour approuver le programme et le budget de l'Organisation et prendre des décisions sur d'autres affaires importantes.

La question de l'admission de la Palestine a été examinée le lundi 31 octobre 2011, aussitôt après la fin du débat général, dont le dernier orateur, encore au titre d'observateur, était le Ministre des Affaires Etrangères de l'Autorité Palestinienne qui a présenté un plaidoyer passionné pour l'admission de la Palestine en tant qu'état membre. 

 
Le sujet a été abordé vers 13h et la session s'est poursuivie jusqu'à 15h15. La salle de conférence, qui contient à peu près 1400 personnes, était remplie au-delà de sa capacité (ce qui est plutôt inhabituel). Tant les délégations placées dans la salle principale que les personnes placées au balcon – la presse, les organisations non-gouvernementales, le public – étaient visiblement acquises, dans leur majorité, à la cause palestinienne.   Après le rappel par la Présidente de la Conférence générale des dispositions constitutionnelles (nécessité d'une recommandation du Conseil exécutif et d'une majorité des deux-tiers de la Conférence), et après que la Présidente du Conseil exécutif a rappelé que ce dernier avait recommandé à la Conférence d'admettre la Palestine, un vote par appel nominal a été demandé par le Canada, soutenu par les Pays Bas.   

Le résultat du vote était 117 en faveur, 14 contre et 52 abstentions. L'annonce des résultats a été accueillie par une longue ovation. Les pays européens qui ont voté en faveur ont été très applaudis, en particulier la France dont le vote favorable – qui était totalement inattendu – a également reçu une ovation.   Une des caractéristiques importantes de ce vote a été l'incapacité de l'Union Européenne d'arriver à une position commune. L'Autriche, la Belgique, Chypre, l'Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, l'Irlande, le Luxembourg, Malte et la Slovénie ont voté pour, alors que l'Allemagne, la Lituanie, les Pays Bas, la République Tchèque et la Suède ont voté contre. Les autres membres de l'Union Européenne (la Bulgarie, le Danemark, l'Estonie, la Hongrie, l'Italie, la Lettonie, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, le Royaume-Uni et la Slovaquie) se sont abstenus.   Le vote a été suivi par une longue série d'explications sur le sujet – 47 délégations. Les Etats-Unis étaient les premiers à expliquer qu'ils ne pouvaient pas accepter l'admission prématurée de la Palestine dans une institution spécialisée. Les Etats-Unis était impliqués dans de nombreuses activités de l'UNESCO, mais ce vote rendrait plus difficile leur participation à ses travaux.

Le délégué des Etats-Unis a également rappelé l'engagement du Président Obama en faveur de deux états pour deux peuples, vivant en paix – mais ceci ne peut être atteint que par la voie des négociations. Israël a dit que la décision était une tragédie pour l'UNESCO et une transgression du droit et de l'ordre internationaux. L'UNESCO qui est une organisation vouée à la science s'est aujourd'hui engagé dans la science-fiction en acceptant comme membre un état inexistant.   En général, les états qui ont voté contre ou se sont abstenus ont expliqué qu'ils n'étaient pas opposés à un état palestinien mais étaient d'avis que le sujet aurait d'abord dû  être débattu aux Nations Unies. Nombreux d'entre eux ont appelé à des négociations entre les parties. Les états qui ont voté pour ont souhaité la bienvenue au nouvel état membre ; beaucoup d'entre eux ont souligné que c'était un moment historique.   Le délégué de la France était loin d'être convaincant. Il a commencé par un rappel de la déclaration du Président Sarkozy à l'ONU le 21 septembre en faveur du rehaussement du statut de la Palestine en lui accordant la position d'état non-membre. La situation de l'UNESCO est différente et la France estimait que la Palestine avait le droit de devenir membre de cette organisation. Il a également appelé à de nouvelles négociations.   L'observateur de la Palestine (la Palestine doit encore signer la Constitution de l'UNESCO qui est déposé auprès du gouvernement britannique avant de devenir un état membre) a été le dernier à s'exprimer, avant la Directrice générale. Il a également souligné la nature historique de ce vote qui rendait au peuple palestinien certains de ses droits. Il a remercié les pays qui ont voté pour son admission ; en ce qui concerne ceux qui ont voté contre, la Palestine ne leur en tiendrait pas rigueur : une nouvelle page était tournée.   La Directrice générale a déclaré que c'était un moment historique et exprimé sa conviction que tous étaient intéressés par la paix et le partage de valeurs communes. Elle a souligné la coopération de longue date avec les Palestiniens dans les différents domaines de la compétence de l'UNESCO et a ajouté qu'elle veillerait à ce que cette coopération se poursuive.

Cependant, elle n'a pas caché son inquiétude. L'admission d'un nouveau membre devrait renforcer l'organisation, pas la diviser. En tant que Directrice générale elle était préoccupée par les conséquences que la décision pourrait avoir sur la stabilité du budget : le financement du principal donateur pourrait être compromis. Elle a fait appel à tous pour qu'ils fassent tout ce qui était en leur pouvoir afin de permettre à l'UNESCO de poursuivre son action.   Les Etats-Unis ont immédiatement annoncé qu'ils arrêteraient le paiement de leurs contributions au budget de l'UNESCO, comme le prévoit leur législation dans le cas d'une organisation qui accepte la Palestine comme état membre. Il en a été de même pour Israël. Ceci explique l'inquiétude de la Directrice générale – la contribution des Etats-Unis représente 22 % du budget.