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NOS ACTIONS - Droits de l'Homme

En parallèle de la présentation du projet « Les Ponts de la Tolérance » à Sofia, la Professeure Hannah Lorer a écrit une excellente étude de la façon dont elle perçoit la tolérance à travers les âges. Elle donne quelques exemples intéressants de ponts de la tolérance en partant des époques grecques et romaines où il y a eu de la tolérance envers les chrétiens, pour suivre avec des exemples de l'Ancien Testament lorsque le Roi de Perse Cyrus a libéré les juifs de l'esclavage, nous rappelant le Pape Clément VI qui, en 1348 a émis une bulle papale recommandant aux catholiques de ne pas persécuter les juifs qu'on blâmait de la propagation de la peste. Elle cite les paroles de tolérance célèbres de Voltaire « Je ne suis pas d'accord avec vos dires, mais je défendrai jusqu'à la mort votre droit de vous exprimer ». Elle cite également John F. Kennedy : « La Tolérance n'implique aucun manquement à la une opinion personnelle. Au contraire elle condamne l'oppression ou la persécution des autres ».

L'étude d'envergure écrite par la Professeure Lorer vaut la peine d'être lue.



Les Ponts de la Tolérance

La Tolérance est une attitude qui, selon tout bon sens, se réfère à l'acceptation des différentes façons de vivre, des différentes religions, traditions, rituels etc.. c'est-à-dire : la tolérance est un comportement qui accepte les différences sans être considéré comme fatal à la coexistence. Etymologiquement, le mot « tolérance » a été utilisé pour la première fois au XVe siècle pour accepter les attitudes envers les minorités dans certaines régions géographiques.

Dans la Grèce ancienne, le plus souvent le terme utilisé était « barbare » dont la signification voulait dire « étranger ». Les barbares étaient tous ceux qui n'étaient pas grecs, surtout les perses, ces peuples venant d'Asie incluant les juifs. Plus tard cette façon de voir a été importée en Europe et le terme « barbare » a été utilisé pour se référer de façon péjorative aux non-européens, ce qui a cependant changé au cours des temps. Dans un de ses travaux, l'ancien savant et historien Hérode a écrit : « Le temps ne devrait pas faire oublier ce que l'humanité a fait, afin qu'un jour les merveilles créées par les grecs ou « barbares » ne restent pas inconnus, ce qui est un pas important vers la reconnaissance que les auteurs de ces merveilles n'est pas seulement la priorité des Hellènes. » La preuve incontestable de l'existence des ponts de la tolérance est connue depuis l'antiquité. Au début du IVe siècle, à Sofia (alors Serdika) le premier document pour la tolérance envers les chrétiens a été signé, soi-disant appelé « Edit de Tolérance », préparé par l'Empereur Romain Galerius.

Selon l'Ancien Testament, le Roi Cyrus Le Grand de Perse, qui est considéré comme ayant libéré les juifs de l'esclavage dans la période 539-530 AJC, leur a permis de retourner sur leur terre natale. Dans la ville Hellénique d'Alexandrie, fondée en 331 AJC, il y avait une grande communauté juive qui vivait en paix et en bonne entente avec les groupes ethniques grecs et égyptiens – un excellent exemple de coexistence de différentes ethnies. Au Moyen Âge et pendant la Renaissance, la tolérance existait entre certaines parties de la chrétienté, les Romains montraient une certaine compréhension envers les juifs et les musulmans, qui était spécialement maintenu par les protestants réformateurs de la chrétienté traditionnelle. Un exemple de tolérance envers les juifs a été l'attitude du Pape Clément VI (1291-1352) qui, en 138 a émis une bulle papale à tous les catholiques recommandant vivement de ne pas tuer les juifs qu'on blâmait de l'épidémie de la peste. Il appuya sur le fait que les juifs mouraient également de cette maladie tout comme les autres personnes et que l'épidémie englobait aussi les territoires où vivaient des juifs. Un exemple illustrant la tolérance de ce Pape est le fait qu'il s'est personnellement occupé de la protection des juifs, ce qui n'a cependant jamais fait d'eux ses adeptes. Un autre exemple extraordinaire d'une telle personne était l'humaniste catholique hollandais Erasmus qui a prêché la tolérance religieuse dans ses travaux. Il est reconnu pour l'appel : « Il vaut mieux soigner un malade que le tuer ». Baruch Spinoza (1632-1677) était un philosophe hollandais de descendance juive qui, suite à des recherches approfondies de certains textes bibliques, est arrivé à la conclusion que la tolérance et la liberté sont importantes pour l'humanité et que chaque personne devrait modeler sa façon de penser en accord avec leur propre vues du monde. Le grand auteur dramatique et philosophe Gotthold Ephraim Lessing (1729-1781) a décrit dans ses œuvres « Les Juifs » et « Nathan Le Sage » les trais du caractère juif. Il démontre clairement son point de vue sur la tolérance sociale et religieuse. Comme citait Voltaire : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous avez à dire, mais je défendrai jusqu'à la mort votre droit de vous exprimer ».

Qu'est-ce la tolérance ? C'est l'empathie et l'accord avec les croyances et traditions de différents pays qui sont en conflit les uns avec les autres. C'est l'attitude envers les différentes races, religions et nationalités qui sont autres que celles de chaque pays respectif, une attitude volontaire et positive envers les vues et actions qui consistent les particularités des différents groupes ethniques. C'est une attitude libérale envers les différents points de vue. Lorsqu'on montre de la tolérance on accepte les idées et croyances des autres, et quand l'on respecte l'opinion de l'autre, même si on n'est pas d'accord avec lui ou si on le considère inutile, on fait preuve de tolérance. Dans la citation de John F. Kennedy « La Tolérance n'implique pas l'abandon de ses propres croyances, il condamne plutôt l'oppression ou la persécution des autres. »

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale et les années qui l'ont précédé, le Nazisme proclamé par l'Allemagne a touché les pays occupés et défini les notions de racisme, xénophobie et surtout d'antisémitisme ce qui est exactement l'opposé des idées de tolérance entre les peuples, les nations et les races. Afin de s'opposer à cette philosophie inhumaine, de nombreuses œuvres d'art ont été créées, et des livres écrits parce qu'on considérait que cela pourrait changer la façon de penser formée par la philosophie inhumaine du racisme. Par ces moyens artistiques porteurs de leur influence éthique avec la formation systématique sur la tolérance et les institutions éducatifs, la pensée humaine devrait changer et prendre une direction positive. A cet égard, la musique, les arts, la littérature etc.. sont d'une grande importance et jouent un rôle déterminant. Le célèbre dramaturge et écrivain, Oscar Wilde disait : « Sans la musique, la vie serait une erreur ». Ce n'est pas par hasard qu'en 1974 l'UNESCO a déclaré le 1er octobre La Journée Mondiale de la Musique. La vie juive a été accompagnée de musique depuis les temps bibliques ; la musique est une partie intégrale du judaïsme et il est écrit dans les livres saints que les rituels des synagogues ont toujours été accompagnés du chant des psaumes. Ainsi, les services religieux, au travers de la musique, apporte le message divin et devient un appel courant à la réalisation des prières. Le peuple Juif se présente par des chansons. Les lyriques content l'histoire du destin des rois et des prophètes. La musique religieuse (hazanout), la musique laïque, les chants folkloriques et les danses sont une partie intégrale de l'héritage musical juif. Il est connu que les motifs de la musique rituelle du culte a persistée dans certaines œuvres par leur contenu. Dans les synagogues, le son du Shofar – un ancien instrument folklorique juif, un simple cor fabriqué dans la corne d'une vache ou d'un bélier – peut être entendu lors de certaines fêtes. Le Peuple Juif a toujours eu un instinct de la préservation, ceci étant le résultat de persécutions et victimisations quasi continues et qui a mené à l'instinct de survie qui n'a jamais, et ceci est à notre crédit, dépassé la frontière de la tolérance. La culture musicale juive qui à son origine est orientale,
et coexiste avec la musique Ashkenaze de l'Est, exécutée par des juifs aschkenazes d'Europe de l'Est et de Russie – la musique Klezmer. La musique sépharade se distingue par des particularités caractéristiques des communautés juives des pays méditerranéens incluant la Bulgarie. Les juifs sont célèbres pour leur attachement à la musique qui fait partie de leur façon de vivre. Des orchestres amateurs ont été formés – le chœur folklorique juif a été créé en 1911 par le chef d'orchestre Mois Tsadikov. Le répertoire de ce chœur-orchestre comprenait des oratorios difficiles et des créations pour chorale de grande envergure. Peu à peu, le talent musical des juifs bulgares commença à trouver son expression au travers d'un grand nombre de chœurs et de formations musicales, des ensembles de musique de chambre, des solistes de concert tels que Bitush Davidov, Rafael Pinkas, Milyo Basan, la pianiste Emi Behar, le chef d'orchestre Ishak Graziani, le Professeur Mati Pinkas, le Professeur Mayer Frank, Aaron Arnov, Benedict Molhov, Leon Souroujon, etc. L'on peut admirer les musiciens qui sont devenus célèbres dans le monde entier tel que Pancho Vladigerov, Alexis Weissenberg, Jules Levy, Milcho Leviev, Alexander Vladigerov, l'Académicien Nikolay Kauffman, Peter Stupel, Benzion Eliezer, Maurice Aladjem, Simo Lazarov, etc. La culture musicale bulgare a une dette d'honneur envers les travaux des figures musicaux de Bulgarie.

Il y a des œuvres universellement connues dans la culture musicale qui comprennent des thèmes issus du judaïsme, de personnages musicaux, d'événements et de fêtes qui, tous, contiennent des appels à la tolérance – Ernst Bloch, un compositeur qui a écrit de la musique symphonique basée sur des événements de l'Ancien Testament avec des éléments du folklore juif et dans l'esprit de l'humanisme. Max Bruch, un compositeur dont la magnifique œuvre « Adagio » est basée sur des mélodies juives pour violoncelle et orchestre – Kol Nidre est une œuvre liturgique populaire chargée d'une grande émotion et d'une énergie spirituelle engendrée par une foi profonde qui célèbre Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon. Georg Friedrich Haendel, un grand compositeur a créé un nombre d'œuvres qui sont souvent jouées dans les concerts comme « Le Messie ». Felix Mendelssohn Bartholdy est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels « Elijah » un oratorio très apprécié par les spécialistes. Niccolo Paganini a composé « La Fantaisie de Moïse » pour orchestre et violon.
La palette des œuvres indiqués dans cette courte et incomplète référence sont un appel pour que triomphe la tolérance.

Il est connu que la Torah orale et écrite décrit des personnages qui ont joué un rôle dans les événements clé du passé du peuple Juif.

L'histoire contée dans le Livre d'Esther est très intéressante et pourrait être qualifiée d'une pièce dramatique. Les protagonistes et antagonistes sont décrits dans des relations complexes et selon le rôle qu'ils jouent dans la suite d'événements auxquels ils participent, ils sont devenus synonymes de héros désintéressés (Esther et Mordechai), ou de scélérats vindicatifs dans les personnages de Aman et l'épouse aigrie et jalouse de Ahasuerus, le Roi de Perse – Vashiti. Les personnages dramatiques décrits dans le Livre d'Esther sont la dynamique du complot dans le développement de l'histoire ; ils expriment l'affrontement entre les représentants des protagonistes et leurs antipodes, de l'expression de la tolérance humaine d'Esther et de Mordechai envers leurs ennemis. Dans l'histoire d'Esther les pouvoirs magiques de différents enseignements se déploient de toute leur force et le cours d'expression est élargie pour qu'il y ait de nombreuses œuvres d'art dédiées à cette histoire dans la littérature, la musique et les beaux-arts qui ont attiré l'attention de grands artistes tels que Rembrandt, Rubens, Boticelle, Tintoretto, Poussin, Dali, Chagall etc. L'histoire d'Esther est immortalisée dans des œuvres musicales tels que l'oratorio de Hendel et l'Opéra Américain de Hugo Weisgall. La comédie musicale de Ray Goody a été créée basée sur le même thème. Des films dédiés à l'histoire d'Esther ont attiré différents cinématographes, tel que le film dirigé par Robert Troesh (1962). Un autre film israélien portant le même titre a été dirigé par Amos Gitai (1986), et il y a un film dirigé par Andras Fésos, « La fille qui est devenue une Reine » (2000) ainsi que le film « Esther et Ahasuerus – Une nuit avec le Roi » (2006).

En dépit du fait que l'Allemagne est le pays natal du nazisme, du racisme, de la xénophobie et de l'antisémitisme, surtout au XXe siècle, il a offert des conditions favorables pour les travaux d'intellectuels et d'innovateurs, d'artistes et de toutes sortes de créateurs. Les universités allemandes ont apporté une éducation de haut niveau au physicien de génie qu'était Albert Einstein, au sociologues Erich Fromm et Max Horkheimer, aux philosophes Ernst Cassirer et Edmund Husserl et au théoriciens politiques tels que Arthur Rosenberg et Gustave Meyer. Cinq savants juifs ont reçu le prix Nobel. Les découvertes scientifiques et les traitements théoriques des lauréats du Prix Nobel sont caractérisés par leurs traits humains de la tolérance, surtout ceux dédiés à la profession médicale. Dans le domaine de la littérature, les œuvres des écrivains Shalom Aleichem, Erich Maria Remarque, les frères Heinrich et Thomas Mann sont connus pour être dominés par l'idée de la tolérance. Il en est de même pour l'écrivain allemand Hermann Hesse qui s'est converti au Bouddhisme dans la période fasciste, ce qui laissa une marque profonde dans ses travaux sur la défense de la tolérance pendant l'obscurantisme du fascisme. Les théâtres à Berlin et à Franfort/am/Main ont joué des pièces de Bertold Brecht, dirigées par Max Rheinhardt et Erwin Piscator. Les intellectuels juifs ainsi que d'autres qui se sont engagés très loin et qui ont contribué à la culture et aux sciences allemandes pendant l'établissement de la domination totale du fascisme, imposant l'intolérance et la différence, sont soit parvenus à quitter le pays, soit sont morts dans les camps. Dans une partie de ses œuvres littéraires, un des auteurs contemporains israéliens le très célèbre, Amos Oz, met en lumière la nécessité de tolérance dans le pays, dans la perspective d'arriver à une paix durable et une compréhension avec les pays voisins.

Au XXIe siècle, le monde fait face à des malentendus, des contrariétés et des conflits qui mènent à d'importantes conséquences. La notion de tolérance peut être exprimée par les mots « J'accepte l'autre tel qu'il est, et dans la mesure où il m'accepte moi ». Sinon la coexistence pacifique, la tolérance dans la société, le progrès et la survie sont impossibles. Nous sommes différents mais nous avons les mêmes besoins et les mêmes valeurs. L'une des vocations de l'être humain est de construire des ponts, t'entamer un dialogue, de rechercher la compréhension dans la diversité des opinions, des croyances, des conceptions et des points de vue. Cela devrait les réunir dans la tolérance jusqu'à ce qu'ils reconnaissent et revendiquent les droits de l'homme universels et les libertés des autres. C'est seulement alors que nous pourrons jouir de la richesse des cultures de notre monde qui deviennent à leur tour la garantie de la paix et du progrès économique et social.

Hanna Lorer