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LE B'NAI B'RITH EUROPE - Rencontrez le Comité

Où et quand êtes-vous née ?

Je suis née le 16 septembre 1947 dans un camp pour personnes déplacées à Linz en Autriche. Mes parents revenaient du camp de concentration d'Auschwitz, et espéraient obtenir un visa pour n'importe quel pays. Malheureusement, ma mère est décédée cinq jours après ma naissance. Mon père est parti en Israël en 1948 et m'a laissée dans un home pour enfants à Linz.

Pouvez-vous nous parler des premières années de votre vie ?

Ma petite enfance s'est déroulée dans des déplacements d'abord de Linz d'où la Croix Rouge m'a amenée à Budapest pour me déposer chez des amis de mes futurs parents. Plus tard, cachée dans une valise pour passer la frontière j'ai été amenée en Roumanie.

Je devais avoir à peu près un an quand je suis arrivée à Arad, une ville en Roumanie près de la frontière hongroise, dans la région de la Transylvanie. Dans mes souvenirs, j'ai eu une enfance très heureuse. Mes (nouveaux) parents, la sœur de ma mère et son mari m'ont adoptée. Ils n'avaient pas d'autres enfants et ont été des parents merveilleux comme tout le monde souhaiterait avoir.

J'ai grandi entourée de beaucoup d'amour, de chaleur, de compréhension, dans un environnement sûr, avec des parents qui m'ont stimulé dans tous mes souhaits, et qui, par-dessus tout croyaient en moi.

Racontez-nous un peu de l'histoire de votre famille avant 1939 et depuis.

Mon père adoptif est né en 1906, fils unique d'une famille juive nantie à Arad. Son père avait une usine textile. Après avoir suivi ses études à Brno et à Vienne, il est devenu ingénieur textile. Lorsqu'il était étudiant à Vienne il s'est impliqué dans le mouvement socialiste. A son retour à Arad, il est devenu membre du parti communiste, encore illégal à l'époque.

Il a lutté pour les droits des minorités vivant en Roumanie et espérait que le « Nouvel Ordre », selon sa doctrine, ne tolérerait pas de discrimination contre les juifs. Ma mère est née en 1908 et était l'une des six filles de la famille. Ils étaient relativement pauvres, avec comme seule ressource un restaurant kasher quelque part près de Cluj (Klausenburg) dans lequel toutes les filles travaillaient dès leur plus jeune âge, six jours par semaine, avant et après l'école.

Qu'est-il advenu de votre famille pendant les années de guerre ?

Pendant la guerre, tous les membres de la famille de ma mère et de la famille de mon père, ont été déportés à Auschwitz. Il était le seul survivant de sa famille, alors que du côté de ma mère, trois de ses sœurs ont survécu – ma mère biologique, ma mère adoptive et ma tante qui vivait au Canada.

Comment était la vie en Roumanie pendant que vous avez grandi ?

J'ai grandi avec « l'opium » du peuple, et je ne veux pas dire le judaïsme mais le Marxisme-Léninisme. Quand, et si, on mentionnait qu'on était juif, c'était dans un murmure, très prudemment, quand personne ne pouvait entendre, comme s'ils avaient peur, comme si ça pouvait être quelque chose de mal.

Lorsque j'ai eu dix-huit ans, complètement désillusionnée par le système communiste, ses mensonges, sa répression, et voulant à tout prix croire en quelque chose, j'ai fait mon allyah en Israël. C'est alors que mes parents m'ont appris qu'ils m'avaient adoptée,  que mon père « biologique » était vivant et en bonne santé, et qu'il vivait à Haifa. Avec une lettre de sa part indiquant qu'il voulait que je le rejoigne, les autorités roumaines ont été obligés de me laisser partir.

Que vous est-il arrivé en Israël ?

J'ai rencontré mon père à l'aéroport de Lod, au comptoir d'accueil, comme se rencontreraient deux étrangers, nous nous sommes serrés la main. Nous ne nous entendions pas très bien, il essayait de jouer au « papa », mais c'était trop tard, j'ai rejeté ses efforts, l'intolérance de la jeunesse (j'avais 19 ans)…

Au bout de trois semaines j'ai quitté sa maison pour aller dans un kibbutz ulpan. A un certain moment, je me suis aventurée dans une Synagogue. C'était un sentiment très étrange de se retrouver dans une synagogue pour la première fois sans savoir quoi faire. J'ai donc décidé d'apprendre le plus possible sur mes racines.

Je voulais connaître l'histoire, la philosophie, les coutumes et les traditions de mon peuple, pas parce que j'allais devenir religieuse, mais parce que j'avais le sentiment qu'en grandissant,  injustement, on ne m'avait pas donné de choix en la matière. Après la guerre des Six Jours, j'ai quitté Israël pour aller à Montréal chez mon autre tante. J'ai étudié la littérature française et russe à l'Université McGill (où j'ai obtenu une maitrise) et la dramaturgie comparative à l'Université York à Toronto (où j'ai également obtenu une maitrise).

Où et quand avez-vous rencontré votre mari ?

Alors que je visitais Amsterdam à l'automne 1979, j'ai rencontré David. Nous nous nous sommes mariés trois mois plus tard. Nous avons deux filles, Nathalie et Sara, et deux petits-enfants, Jishai qui a 3 ans et Lital qui a 6 mois.

Parlez-nous un peu de vos activités hors du B'nai B'rith

A l'Université Libre d'Amsterdam, j'ai terminé une maitrise en Anthropologie Culturel et Politique (spécialisation en Nationalisme et Minorités Ethniques en Europe Centrale et en Europe de l'Est). Je n'ai jamais oublié l'Europe de l'Est, mon « ancien pays ». Je me suis toujours rendue compte de la chance que j'avais eue de pouvoir commencer une nouvelle vie.

Quand et pourquoi avez-vous rejoint le B'nai B'rith ?

Parce que je n'ai jamais oublié mes origines, j'ai commencé à aider la maison de retraite dans la ville d'où je venais, Arad en Roumanie. La Loge du B'nai B'rith à Amsterdam m'a demandé de devenir membre en 1994 et de poursuivre mon projet sous l'égide de la Loge. Bien entendu, j'ai accepté.

Quels ont été vos principaux centres d'intérêt au B'nai B'rith jusqu'à présent ?

Au plus je m'impliquais, au plus je me rendais compte que les projets d'aide humanitaire étaient un besoin impératif dans tous les pays de l'ex bloc communiste et qu'une bonne communication et coordination était essentiel pour obtenir un minimum de succès. Ayant ceci dans l'esprit, j'ai proposé que soit créé un Comité pour l'Europe Centrale et l'Europe de l'Est (au cours du Congrès du BB en 1997). J'ai présidé ce comité dès le début jusqu'en 2004.

Cette année-là on m'a diagnostiqué un cancer lymphatique, non-Hodgkin's. On m'a traité par chimiothérapie pendant un an, et cela m'a pris deux ans de plus pour à nouveau fonctionner normalement. J'ai beaucoup de chance, pour moi « la vita e bella ». Après cet intermède, je suis à nouveau devenue active. Je n'ai jamais arrêté de lever des fonds pour les projets d'Europe de l'Est, mais je ne pouvais pas faire plus.

Que considérez-vous être les problèmes de base de notre organisation ?

En général, je dirais qu'une organisation telle que la nôtre, comprenant de nombreux pays avec des Loges éparpillées dans un grand rayon géographique, doit prendre en considération les points suivants : aucun pays ne se ressemble.

Certains ont plus d'affinités avec leurs voisins que d'autres. Certains ont une histoire et une mentalité commune. Certains ont une grande communauté juive, d'autres pas. Certaines communautés ont de nombreuses organisations juives alors que de plus petites villes n'en ont pas. Certaines Loges ont des membres bien lotis financièrement, d'autres pas.

Dans les pays de l'Ouest, la voix Juive est hardie et non refrénée comparé à l'Est où ils apprennent tout juste à oser s'exprimer. Tous ces facteurs jouent un rôle dans la façon dont une Loge fonctionnera et cela déterminera ses possibilités. Mis à part les aspects historiques, démographiques et sociaux, la touche personnelle, la direction, la vision, l'âge des membres de la Loge, la volonté de donner le temps nécessaire, ce sont les ingrédients décisifs qui assureront le succès ou l'echec.

En tant que Vice-Présidente du BBE quelles sont vos principales aspirations pour l'organisation ?

En tant que Première Vice-Présidente nouvellement élue, mon rôle, tel que je le vois, est d'aider notre Président à diriger l'organisation sous toutes ses facettes : que ce soit dans une « cellule de réflexion », de façon opérationnelle ou logistique.

Qu'en est-il de votre vie hors du B'nai B'rith aujourd'hui ?

Mon occupation favorite est de m'occuper de mes petits-enfants. J'adore cuisiner, jouer au bridge, lire, écrire, aller à des concerts classiques, l'opéra, le théâtre, le ballet, le cinéma, etc. J'adore apprendre de nouvelles langues (je rêve d'un cours d'été en Italie). Pour l'instant je parle le hongrois, le roumain, l'anglais, le français, le néerlandais et un peu d'espagnol, d'allemand, d'hébreu et de russe.

Que considérez-vous votre plus grande force et votre plus grande faiblesse ?

Ma plus grande force est que je n'abandonne jamais. Ma faiblesse est d'être perfectionniste. J'en demande bien plus de moi-même et des autres que nécessaire.