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CULTURE & PATRIMOINE - Culture & Histoire

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Bat Ye'or (« fille du Nil ») — nom de plume de Gisèle Littman-Orebi — est une essayiste britannique née au Caire en 1933 juive d'origine égyptienne, écrivant en français et en anglais. Elle a également publié sous le pseudonyme arabe Yahudiya Masriya (« juive égyptienne »).

Elle s'est spécialisée dans des études sur la notion de dhimmi, introduisant notamment dans ses ouvrages le néologisme controversé de « dhimmitude », associé par elle à un sens politico-historique très particulier, inventé spécialement pour exprimer le concept de dhimma, phonétiquement proche du mot « servitude » (qui existe en français et en anglais, et que l'on retrouve dans ses ouvrages dans ces deux langues).

Elle est connue notamment pour sa thèse conspirationniste sur l'Europe contemporaine gouvernée par les musulmans.

Éléments biographiques

La future Bat Ye'or et sa famille sont déchus de leur nationalité égyptienne en 1956 dans la foulée des mesures prises contre les juifs égyptiens par Gamal Abdel Nasser après la Crise du canal de Suez. Ils émigrent au Royaume-Uni en 1957. La jeune femme se marie en août 1959 avec David Littmann, devenant ainsi britannique par mariage. De 1958 à 1960, elle étudie à l'Institut d'archéologie de l'université de Londres. En 1960, elle part s'installer avec son mari en Suisse, où ils résident depuis lors. En 1961 et 1962, elle étudie les sciences sociales à l'université de Genève. Ils ont eu trois enfants et plusieurs petits-enfants installés en Israël.

En 1961, Bat Ye'or et son mari David Littman prennent une part active à l'Opération Mural , montée par le Mossad pour transférer clandestinement plus de 500 enfants marocains juifs en Israël, via Morgins. En juin 2008, ils seront reçus par le Président Shimon Pérès lors d'une commémoration organisée en leur honneur.

Bat Ye'or écrivit un premier livre intitulé en français « Les Juifs en Egypte, aperçu sur 3000 ans d'histoire ». Une version en hébreu fut publiée en 1974 « sur l'initiative du ministère israélien de la Culture et avec la participation du département d'études séfarades de l'Organisation Sioniste Mondiale ». Cette imprimatur des milieux officiels israéliens donnera à la perspective de Ye' or un statut normatif dans les milieux sionistes. A tel point que ses ouvrages sont qualifiés de « sous-produits des milieux officiels israéliens »
Elle a fourni des notes aux Nations unies et au Congrès américain et donné des conférences dans de grandes universités telles que Georgetown, Brown, Yale, Brandeis et Columbia.

Son nom

Littman est le nom de son mari, David Littman, délégué auprès de l'Office des Nations unies à Genève de l'organisation non gouvernementale Association pour l'éducation d'un point de vue mondial, — en anglais Association for World Education (AWE).
Son nom de plume, Bat Ye'or (en hébreu בת יאור), signifie « fille du Nil » en hébreu

Influences, prises de position et controverses

Elle est influencée par l'historien, sociologue, théologien protestant Jacques Ellul, penseur influent de la « société technicienne », qui dénonce en termes hostiles une incompatibilité entre le judéo-christianisme et l'islam et le danger que constituerait ce dernier pour l'Occident. Elle se spécialise dès lors dans l'histoire des dhimmis, les minorités en terre d'islam. Ellul préfacera son livre Les chrétientés d'Orient entre jihâd et dhimmitude, paru en 1991. Certains de ses travaux ont été jugés comme partisans et peu scientifiques.

Selon l'historienne et sénatrice EELV française Esther Benbassa, Bat Ye'or « qui n'a jamais été une historienne de métier, a en revanche une solide réputation d'idéologue militante. Ses écrits rassemblent une masse de sources hétérogènes qu'elle manipule à sa guise pour appuyer une thèse univoque ». En particulier à propos de l'emploi de son néologisme « dhimmitude », utilisé par elle à la place de « dhimmité » pour exprimer le concept de dhimma : « dhimmitude » évoque une proximité phonétique voulue avec le mot « servitude » (qui existe en français et en anglais, et que l'on retrouve dans ses ouvrages dans ces deux langues).

Dans certains de ses ouvrages (Eurabia, Islam and Dhimmitude), elle dénonce un accord, ourdi selon elle entre certaines instances dirigeantes européennes et des pays arabes, visant à soumettre l'Europe au monde arabe afin de former une nouvelle entité appelée Eurabie. Cet accord, écrit-elle, aurait trouvé son origine dans le Dialogue euro-arabe mis en place à la fin du siècle dernier dans les instances européennes. Cette théorie est contestée, entre autres par le chercheur américain Jonathan Laurence coauteur, avec Justin Vaïsse, d'un ouvrage sur la question. Selon ces chercheurs, le Dialogue euro-arabe avait essentiellement pour but d'assurer l'approvisionnement des États européens en hydrocarbures au lendemain du premier choc pétrolier. D'autres situent cette thèse dans un contexte de théorie du complot.

Le manifeste publié pour expliquer ses actes par Anders Behring Breivik, l'auteur des attentats de 2011 en Norvège, se réfère plusieurs dizaines de fois aux théories de Bat Ye'or.
Selon l'historien Niall Ferguson, « les futurs historiens regarderont un jour son invention du terme Eurabia comme prophétique. Ceux qui souhaitent vivre dans une société libre doivent être éternellement vigilants. La vigilance de Bat Ye'or est sans égal »

Johannes J.G. Jansen (en), professeur d'études arabes et islamiques à l'Université d'Utrecht, a écrit dans le Middle East Quarterly (en) « en 1985, Bat Ye'or a offert aux études islamiques une surprise avec son livre, les Dhimmis: Juifs et Chrétiens sous l'Islam, une démonstration convaincante que la notion d'un traitement traditionnel, tolérant et libéral des Juifs et Chrétiens par les Musulmans est plus un mythe qu'une réalité »

Selon Alain Gresh, elle fait partie des purs idéologues dont les travaux relèvent uniquement d'une volonté d'engager le monde dans une guerre de civilisation.

Caroline Fourest a déclaré que la thèse d'Eurabia « est tout simplement l'équivalent du fantasme du "lobby sioniste" »