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CULTURE & PATRIMOINE - EDJCH

La Bulgarie : « L'esprit de l'humour juif », par Hanna Lorer.
 
Traduit par Gilberte Jacaret
 
201210BBE2Cette année, les organisateurs de la Journée traditionnelle de la Culture Juive a choisi comme sujet : « L'esprit de l'humour juif ». Il est indubitable que l'humour dans l'art démontre toujours distinctement les traits du caractère de la nation qui le crée. Dans la littérature mondiale, on peut trouver différentes publications sur ce sujet, par exemple : Jews are laughing, (Les juifs rient), Jewish humor, (L'humour juif), Judischer Humor, (L'humour juif), Mathematicians joke (Les mathématiciens plaisantent), Physicists laugh ( Les physiciens rient). Celles-ci sont des publications qui non seulement décrivent les caractéristiques de ce type particulier de folklore, mais aussi l'enrichissent de différents et courts exemples de situations, plaisanteries et anecdotes drôles.
 
Notre éminent et érudit Professeur Isaak Passy, a défini le terme « blague » comme « une courte histoire drôle inventée, racontée habituellement pour faire rire les auditeurs ». Par contre, selon lui, une anecdote aurait le même but mais serait fondée sur une histoire vraie. La blague est un comique minuscule basé sur le mot d'esprit. C'est court, mais cela ne nous empêche pas de le considérer comme une oeuvre littéraire où une tournure d'esprit artistique est employée d'une certaine façon. La blague est plus récente, et, avec le développement de l'imprimerie, de plus en plus de blagues en langues différentes sont nées. Des livres de blagues présentent au lecteur les traits spécifiques à différentes régions voire même à différentes nations.
 
Le Professeur Azaria Polikar, physicien et philosophe mondialement connu, membre de plusieurs institutions académiques, un des plus doués auteurs et conteurs de blagues, croyait que la façon la plus commune de vulgariser les blagues se faisait de bouche à oreille plutôt que par la presse. Il pensait aussi que, pour qu'une blague soit appréciée, elle ne devait être « ni trop douce ni trop amère ». Personne ne sait qui fait les bonnes blagues, il est certain cependant qu'elles se répandent en un rien de temps. Pour prendre plaisir à une blague on ne doit pas en rechercher la logique. Il faut seulement être sensible à sa drôlerie.
 
L'humour est une expression spécifique des aspirations du peuple pour mettre dans la conversation une ambiance heureuse qui les fera rire d'une façon simple et sincère. Il engendre le désir de s'amuser. La réaction à l'humour ne dépend pas de l'âge. Les gens aiment qu'on les amuse. Ils aiment sourire et rire- en d'autres mots, ils font preuve d'un sens de l'humour. Sentir la plaisanterie signifie qu'on est conscient de la double nature de la vie et qu'on fera partager ce sentiment au public. De cette façon, il en saisira le côté drôle.
 
Chudomir, le célèbre humoriste né à Kazanlak (Bulgarie) en a donné une définition. Dans l'introduction de ses morceaux choisis (1971), il écrit: « On dit que les nations sont comme des enfants. Ceux-ci n'acceptent pas qu'on leur donne des conseils. C'est à travers le rire qu'ils veulent découvrir des vérités. On dit aussi que si la satire ressemble à un couteau de chirurgie, l'humour est un baume apaisant pour les blessures. Si cela est vrai, il ne nous reste qu'à souhaiter à tout un chacun que ce baume soit produit en masse et donné à chacun de nous, puisqu'à la maison, il y a bien des blessures à guérir.
 
L'humour juif
 
Il n'y a pas qu'un seul type d'humour. Il y a des distinctions qui divisent l'humour en diverses catégories, selon la nation, la classe ou la profession. Cependant, ce qu'elles ont toutes en commun c'est qu'elles sont toutes drôles et qu'elles nous incitent à pénétrer plus profondément dans la nature des choses. Selon le grand poète allemand Heinrich Heine, l'humour allemand est aussi lourd que la bière allemande, l'humour anglais est aussi nébuleux que le whisky, l'humour français est aussi léger, pétillant et brillant que le champagne, tandis que les Ecossais n'ont absolument aucun sens de l'humour.
 
Les racines de l'humour juif sont inscrites dans la Torah (le Pentateuque) et dans le Midrash (étude biblique pour l'analyse des textes), en d'autres mots, nous pouvons le faire remonter à des temps anciens. Cependant, il a été créé plus récemment, comme il a été mentionné plus haut, par des histoires humoristiques - authentiques ou inventées- qu'on se racontait, de bouche à oreille. Le rire nous aide non seulement à vivre et à travailler, mais à triompher de tout ce qui est un obstacle dans notre vie et dans notre travail. Dans les événements qui jalonnent la vie juive, des gens bien intentionnés qui dirigent des cérémonies comme des mariages racontent de joyeuses plaisanteries pour amuser leurs hôtes et leurs invités. Ils ne font pas partie de ces bouffons de cours qui lançaient des plaisanteries salées et ambigües. Non, ce sont de joyeux compères qui lancent leurs plaisanteries pour faire plaisir à tout le monde et répandent autour d'eux un amour qui vient du coeur. Ce qui caractérise l'humour juif, c'est l'ironie de celui qui raconte les plaisanteries et les anecdotes, écrit les vaudevilles ou lance la satire.
 
Il y a une différence bien définie entre les plaisanteries inventées et racontées par des juifs sur eux-mêmes et les plaisanteries sur les juifs inventées par des non-juifs. Même si les premières ne manquent pas de défauts, tels que des bobards, des ruses plus petites ou plus significatives ou qui tournent autour du pot, un égotisme et une tendance à éviter des situations difficiles etc. elles expriment cependant la compassion et la volonté de pardonner des actions négatives. La critique n'est pas mesquine, elle contient toujours une certaine dose de gentillesse. Cependant, les plaisanteries faites sur les juifs par des non-juifs sont invariablement teintées d'antisémitisme. L'humour et les traits d'esprit sont directement anti-juifs. Il y a de la cruauté, de la haine et le « héros » juif de l'histoire est représenté seulement par des traits négatifs tels que l'avarice, la dureté de coeur, l'esprit de vengeance mal déguisé. Tous ces défauts sont imputés au personnage de Shakespeare, le prêteur sur gages Shylock du « Marchand de Venise ». D'un point de vue historique, il est possible que, à partir de ce genre de portrait collectif du peuple juif, germent toutes ces croyances que les juifs sont responsables de tout le mal du monde. Cette erreur de vision aussi vieille que le monde est une façon de se refuser à chercher la véritable raison des désastres et de mettre tout le blâme sur un peuple innocent, notamment le peuple juif.
 
On pourrait ajouter bien d'autres choses sur l'humour. Le sens de l'humour est le don le plus précieux que la nature puisse donner à une personne et le peuple juif en a reçu largement sa part. Selon Cicéron : « les plaisanteries et les mots d'esprit sont agréables et toujours utiles mais ces qualités ne doivent pas être étudiées. Cela n'a pas de sens de les étudier. Les efforts pour apprendre par des leçons comment faire et raconter une blague ou un mot d'esprit n'ont pas de sens. Les essais de ceux qui n'ont pas le sens de l'humour de pondre des blagues deviennent un exercice sans goût condamné à demeuré incompris, car tel est le résultat d'un humour inconsistant, ennuyeux et d'un esprit futile.
 
Il y a une célèbre plaisanterie anti-juive qui date de l'époque du régime fasciste en Allemagne :
Goebbels, le ministre de la Propagande du temps de l'Allemagne d'Hitler inspectait une école. Le professeur, qui voulait plaire au ministre, posa aux écoliers la question politique suivante : « Friedrich, dis-nous pourquoi l'Allemagne a perdu la 1ère Guerre Mondiale.
L'écolier se leva et dit : « la raison de la défaite est qu'il y avait des juifs des l'armée. Ce sont des lâches et ils ont déserté le front. »
Le professeur, content de la réponse se tourna vers Hans : « Hans, pourquoi, selon vous, l'Allemagne a-t-elle perdu la guerre ? »
Hans répond avec assurance qu'il y avait des juifs parmi les chefs et que, comme chacun sait, ce sont des voleurs qui volaient toute la nourriture et c'est ainsi que l'Allemagne a perdu la guerre.
Le professeur remercia Hans puis, se tournant vers l'étudiant Goldstein, il lui demanda : « Maintenant, juif, c'est à ton tour de répondre, pourquoi l'Allemagne a-t-elle perdu la 1ère Guerre Mondiale ? »
Goldstein se leva et dit :
« Si on a perdu, c'est parce qu'il y avait des juifs au quartier général.
- Mais que nous racontes-tu là ? Il n'y a jamais eu de juifs au quartier général allemand !
- Je n'ai jamais dit qu'il y avait des juifs au quartier général allemand. J'ai voulu dire qu'il y avait des juifs dans le quartier général français, et voilà pourquoi l'Allemagne a perdu la guerre. »